Jabal : le nouveau blé résistant aux températures extrêmes et à la sécheresse obtenu SANS manipulations génétiques

lundi 5 décembre 2022
par  Yan lou Pec
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Depuis plus de 15 ans, le lobby des biotechnologies nous promet des plantes résistantes à la sécheresse. Depuis plus de 15 ans, c’est un échec que ce soit avec les techniques de manipulation génétique des années 2000 ou avec les nouvelles techniques, CRISPR et autres... Mais ces promesses permettent à quelques multinationales de continuer à capter l’essentiel des financements dans l’espérance de pouvoir renforcer encore leur monopole sur les semences mondiales. Pourtant, pendant ce temps, loin des labos et leurs dizaines de millions investis en vain, des paysans et des agronomes avancent ensemble dans l’intérêt général.
C. B.

Article publié dans The Guardian le dimanche 4 décembre.

Cette nouvelle variété est un croisement - technique traditionnelles de sélection végétale N du T - entre des blés commerciaux et sauvages, sélectionnés dans le but de développer des cultures plus résistantes à la crise climatique.

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Blé ancien. Photo : Réseau Semences Paysannes

Une nouvelle variété de blé dur résistante à la sécheresse a été créée dans le cadre d’un programme international de sélection visant à renforcer face aux bouleversements climatiques, la résilience du système alimentaire en augmentant la diversité des cultures.

Le blé dur est utilisé pour faire les pâtes, les pâtes à pizza et des pains plats comme les pittas et les chapatis, ainsi que pour le couscous, le boulgour et la pâtisserie pour les desserts comme les baklavas.

Le nouveau blé appelé Jabal (djebel en transcription française), qui signifie "montagne" en arabe, a été développé par des agriculteurs et des agronomes, en croisant un blé dur commercial avec un parent sauvage d’une région aride de Syrie pour créer une nouvelle variété de blé dur qui peut résister à la sécheresse.

Cela fait partie du projet "parents sauvages" du Crop Trust, qui utilise des variétés de plantes génétiquement diverses pour aider à développer des variétés de blé, d’orge, de riz et de pomme de terre plus résilientes et qui peuvent mieux s’adapter et résister à des conditions météorologiques erratiques et extrêmes causées par les bouleversements climatiques.

Alors que cette nouvelle version du blé dur n’est pas encore disponible dans le commerce, des agriculteurs marocains seront les premiers à commencer à la cultiver dans environ trois ans. Le blé dur est largement consommé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mais le Maroc subit sa pire sécheresse depuis quatre décennies et la production céréalière a chuté d’environ 70 % en raison des conditions extrêmement sèches.

Les sélectionneurs et les agriculteurs des zones touchées par la sécheresse ont planté de nombreuses nouvelles variétés de blé dur entre 2017 et 2021. Jabal s’est distingué des autres variétés car il a pu pousser et produire des grains alors que toutes les variétés commerciales de blé dur échouaient. Ses épis noirs caractéristiques ont également produit des rendements élevés de grains arrondis avec lesquels on a fait un pain délicieux, déclarèrent les scientifiques.

"De nombreux agriculteurs ont dit que c’était le coup de foudre lorsqu’ils l’ont vu se dresser vigoureux alors que toutes les autres variétés étaient détruites par la sécheresse", a déclaré Filippo Bassi, scientifique responsable du programme de sélection du blé dur au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda) au Liban.

Le blé est la céréale la plus consommée dans le monde. Il est cultivé sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique et consommé par des milliards de personnes.

Les mauvaises récoltes dues à la perte de biodiversité et aux phénomènes météorologiques extrêmes comme la sécheresse, les chaleurs extrêmes et les inondations ont provoqué la hausse des prix du blé et l’insécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde, le tout aggravé par la guerre de la Russie contre l’Ukraine, ces deux pays étant de grands exportateurs de blé.

L’an dernier au Canada, l’un des plus grands producteurs de céréales au monde, les prix du blé dur ont grimpé de 90 % après une sécheresse généralisée et des vagues de chaleur sans précédent, suivies quelques mois plus tard par des précipitations record. Au cours du siècle dernier, les agriculteurs canadiens ont eu de plus en plus recours à des variétés de blé à haut rendement et génétiquement similaires, éliminant ainsi une diversité essentielle.

Il faut des années pour sélectionner de nouvelles variétés de blé, et c’est une vraie course contre la montre, complexe et sans fin, alors que l’augmentation générale des températures entraîne des catastrophes climatiques et l’apparition de nouveaux agents pathogènes adaptés ou plus agressifs.

Les variétés sauvages parentes des cultures commerciales sont considérées comme les plus résilientes, car elles ont évolué dans la nature pour survivre à des conditions difficiles comme les températures extrêmes, la sécheresse, les inondations et les sols pauvres. Les sélectionneurs de plantes se tournent de plus en plus vers ces variétés sauvages et autres, oubliées et stockées dans les banques de semences ayant pour but de réserver une diversité génétique utile. Après la Révolution verte, cette diversité a été marginalisée au profit du rendement, de l’uniformité et des profits.

Mais le Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables prévient que le renforcement de la résilience dans un système alimentaire nécessite non seulement la diversité génétique, mais également de la diversité dans les exploitations agricoles et dans les paysages, ainsi que davantage d’initiatives dirigées par les agriculteurs.

"Les paysans ont domestiqué 7 000 espèces de plantes différentes et ont fait don de plus de 2,1 millions de variétés végétales à des banques de gènes internationales. Pourtant, la majeure partie des bénéfices de cet effort a été accaparée par quatre ou cinq sociétés semencières internationales", déclarait Pat Mooney de l’ETC Group, expert en diversité agricole et biotechnologies. "[Jabal] montre ce qui peut être accompli avec une coopération multilatérale où les agriculteurs sont au centre de la prise de décision."

Article de Nina Lakhani, publié dans The Guardian, sous le titre : Jabal : the new wheat scientists say can withstand extreme heat and drought


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