Conseil d’Etat et OGM : mais quel jeu jouent Maïsadour et Euralis !!??

samedi 3 décembre 2011
par  Yan lou Pec
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Le Conseil d’Etat a donc annulé le moratoire français sur la base de règlements tortueux [1]. La décision a été beaucoup commentée, mais pas… la liste des plaignants qui ont déposé ce recours. Or, on y trouve des gens qui nous intéressent beaucoup, ici en Gascogne. On y trouve certes l’inévitable Monsanto, mais aussi Maïsadour Semences , Euralis Semences et Euralis Coop , les deux grandes « coopératives locales » qui ressemblent de plus en plus à des multinationales avec leurs ramifications en Bulgarie, Roumanie, Italie, Ukraine et des dizaines d’autres pays… .

Pourquoi ces « groupes coopératifs », censés défendre avant tout l’intérêts des agriculteurs locaux - leurs coopérateurs - veulent à tout prix introduire les OGM en France ?

On peut trouver un élément de réponse dans un article d’Inf’OGM de novembre 2010 :

« Thierry Blandinières, directeur général du Groupe Maïsadour, donne des éléments de réponse. Dans un discours alambiqué, il évoque le désir des consommateurs qui « rejettent les OGM », souhait « qu’il faut accepter », critique Monsanto - un peu d’anti-américanisme, ça passe toujours - mais introduit l’idée que « la solution OGM a quand même quelques atouts : moins de pesticides notamment [...], un rendement amélioré à l’hectare de 10 à 20 % » , et qu’en plus, « depuis dix à quinze ans, aux Etats-Unis, on n’a observé aucun dommage ». (http://www.infogm.org/spip.php?article4614)

Deux arguments usés jusqu’à la corde et constamment avancés depuis 15 ans, en faveur des OGM et de leur introduction :

  • D’une part, les OGM sont bons pour l’environnement puisqu’ils font baisser les volumes de produits chimiques utilisés sur les champs.
  • D’autre part, comme nous avons à faire à des entreprises très philanthropiques, les OGM vont permettre de lutter contre la faim dans le monde, en augmentant les rendements.

 Les OGM vont réduire les volumes de produits chimiques déversés dans les champs

La première chose que l’on remarque, c’est que presque toutes les firmes qui mettent au point des OGM sont des industries chimiques : Monsanto, BASF, Bayer, DuPont, ... Etonnant, non ? Et ces firmes mettraient au point des OGM, pour détruire leur propre activité industrielle ? Ce n’est pas très sérieux, mais plus un mensonge est gros, mieux il passe.

Voilà un des nombreux "visages" des OGM en Argentine où un syndicaliste agricole qui s'opposait aux OGM vient d'être assassiné.
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En fait, Monsanto s’inquiétait de voir le glyphosate - le principe actif de son produit phare, le Roundup - tomber dans le domaine public. Cela lui aurait causé d’énormes pertes financières. Au même moment se développaient les biotechnologies. Monsanto y a vu une extraordinaire opportunité. En trouvant un gène qui confère aux plantes une certaine tolérance au glyphosate, Monsanto pouvait mettre au point des plantes modifiées génétiquement dans le but de tolérer le glyphosate de son Roundup. L’agriculteur pouvait asperger le champ de Roundup, tout crevait sauf la plante GM, essentiellement soja, maïs ou colza. Les agriculteurs qui achetaient les semences de Monsanto s’engageaient légalement à n’utiliser que le Roundup de Monsanto et ne pas réutiliser les graines. Monsanto vendait le kit semences/herbicides et recréait ainsi une clientèle captive. Si Monsanto souhaitait diminuer des volumes de produits chimiques vendus, il s’agissait de ceux de …ses concurrents, mais absolument pas des siens ! On comprend mieux.

Il y a deux types de modifications génétiques : l’une permet aux plantes d’être insecticides et l’autre de tolérer un herbicide (majoritairement le Roundup). Certaines plantes peuvent avoir été modifiées pour porter les deux caractères (traits).

  • Les plantes tolérantes à un herbicide Les plantes tolérantes à un herbicide facilitent le travail des grands propriétaires terriens. Un avion suffit pour traiter des milliers d’ha et ils économisent des centaines d’ouvriers agricoles qu’ils peuvent licencier. Au début, tout allait bien jusqu’à ce qu’apparaissent des mauvaises herbes devenues, elles aussi, tolérantes. Les agriculteurs sont donc obligés d’augmenter les doses et même d’appliquer des « cocktails d’herbicides » avec des produits toujours plus violents et dangereux. Les volumes de produits chimiques déversés sur les champs sont en train d’exploser. Des produits comme le 2-4 D, un composant de l’Agent orange, le défoliant utilisé par l’armée états-unienne au Vietnam, est de nouveau utilisé. Les quantités ont doublé en quelques années !

En Amérique du Sud, les épandages aériens se font souvent dans le mépris total des populations qui vivent à proximité des champs traités. De graves problèmes de santé apparaissent : empoisonnement pouvant aller jusqu’à la mort des victimes, malformations chez les nouveaux nés. En Argentine, il y a même une campagne nationale pour l’arrêt des épandages.

Au Paraguay, les malformations se multiplient chez les campesinos exposés aux épandages de pesticides.

Que répondrait cette petite fille à M. Pèes qui affirme : "Et si on nous explique que les produits phytosanitaires, c’est du poison, on peut aussi répondre que c’est un sauf-conduit pour la vie." (Cliquer pour agrandir et voir la légende)

Dans certaines régions des Etats-Unis les agriculteurs en reviennent même au désherbage à la main ! Près de 6 millions d’ha sont déjà infestés de mauvaises herbes qui ne veulent pas crever… Même chose en Argentine : le programme de lutte contre une herbe devenue tolérante au RoundUp nécessitera l’utilisation de 25 millions de litres supplémentaires de paraquat, diquat et atrazine et pourrait avoir un coût allant de 160 à 950 millions de dollars par an, suivant le degré d’infestation par cette plante. Et on ne parle pas du coût pour la santé !

  • Les plantes insecticides Les plantes insecticides ont fonctionné quelques courtes années. Effectivement, il y a eu une baisse de la quantité de produits chimiques déversés sur les champs. Mais ce fut de courte durée. La nature ayant horreur du vide, on a vu en Inde, par exemple, des ravageurs secondaires s’abattre sur les champs et détruire toute la récolte de coton avec des conséquences catastrophiques pour les paysans qui s’étaient lourdement endettés pour acheter des graines GM couteuses. Même chose en Chine.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, la chrysomèle, un des principaux ravageurs du maïs se fait un festin du maïs BT, ce maïs modifié génétiquement pour être… insecticide. Certaines souches de chrysomèle sont devenues tolérantes à l’insecticide Bt. Les agriculteurs, non seulement doivent payer cher des graines qui ne fonctionnent plus, mais doivent en plus payer toujours plus pour traiter toujours plus et toujours plus souvent leurs champs.

Après avoir racheté les entreprises semencières régionales, Monsanto est dans certains états des Etats-Unis en position de quasi monopole. Les agriculteurs ne peuvent plus trouver de semences conventionnelles, mais en plus Monsanto retire ses produits meilleur marché. Le prix du Roundup augmente régulièrement aussi. Afin de pouvoir vendre toujours plus de Roundup, Monsanto propose de façon systématique des plantes qui ont aussi le trait de « tolérance au Roundup ». Que les agriculteurs le veuillent ou non.

Fuite en avant
La seule réponse des industriels des biotechnologies est la fuite en avant. Alors que de nombreux agronomes conseillent d’autres pratiques agricoles, notamment des rotations longues des cultures, les industriels des biotechnologies mettent au point des plantes qui sont modifiées génétiquement pour supporter des doses de poison toujours plus fortes et pour supporter toute une gamme de poisons de plus en plus violents. Une firme a même déposé un brevet pour des plantes qui peuvent supporter les traitements par les herbicides de 7 familles différentes ! Il est inévitable que, dans quelques années, les herbes sauvages seront aussi tolérantes à ces produits très dangereux et interdits dans de nombreux pays dans le monde.

Variétés de mauvaises herbes résistantes au glyphosate dans chaque état (en 2009)

(Cliquer pour agrandir et voir la légende)

Conclusion
Tous nos dirigeants connaissent ces faits. Ils peuvent trouver les chiffres de l’augmentation des volumes de produits chimiques déversés sur les champs dans les statistiques annuelles du Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis. Les études scientifiques abondent sur ce sujet.

La question se pose donc avec d’autant plus de force : est-ce que c’est ce scénario qu’ils souhaitent pour la France ?

A moins que, dans un grand élan d’altruisme, ils ne soient prêts à faire prendre ce risque à l’agriculture, à l’environnement, aux agriculteurs et aux autres citoyens français, afin de venir en aide aux pauvres de la planète, car « les OGM vont nourrir la planète ». Dans un monde de brutes, autant de générosité ne peut que nous émouvoir.

 Les OGM vont nourrir la planète

Les OGM sont cultivés commercialement depuis 1996. Est-ce que depuis 15 ans le nombre d’affamés a baissé dans le monde ? Non, bien au contraire ! Les OGM sont un échec total sur ce plan là.

Mais pouvaient-ils vraiment apporter quelque chose ?

En fait, cet argument est un argument ignoble : utiliser la misère et la souffrance d’autres humain pour des intérêts commerciaux est ignoble.

Tous nos dirigeants savent qu’aucun OGM actuellement sur le marché n’a été développé pour augmenter les rendements. Les plantes agricoles GM, dans leur immense majorité, ont été modifiées génétiquement soit pour devenir insecticides, soit pour devenir tolérantes à des herbicides, des produits chimiques.

Tous nos dirigeants savent que la planète produit largement de quoi nourrir correctement tous les Humains. A part quelques zones de crise, on a faim non pas parce que la nourriture manque, mais parce que l’argent manque pour acheter la nourriture. On a faim parce qu’on est pauvre. La faim est un problème de répartition des richesses. C’est un problème politique, pas agronomique.

Tous nos dirigeants savent qu’une proportion écrasante des tonnages d’OGM produits est soit destinée à nos cochons et poulets d’élevage, soit pour faire des agrocarburants. Le pouvoir d’achat d’un cochon ou d’un poulet de l’Union européenne et celui des moteurs de nos voitures est plus élevé que celui d’un pauvre des favellas de Rio et des bidonvilles de Johannesbourg ou Calcutta. Dans ce système économique, la nourriture va là où est l’argent.

Lorsque l’Union européenne et les Etats-Unis ont lancé leurs programmes d’agrocarburants à base notamment de maïs (GM au Etats-Unis), le nombre d’affamés dans le monde est passé de 850 millions à plus d’1 milliard.

Le tiers-monde prisonnier de la faim.

(Cliquer pour agrandir et voir la légende) Illustration de l’article : "A cause de l’éthanol de maïs et du Traité de Libre Echange, la faim augmente au Guatemala".

Avant l’introduction des OGM, l’Argentine était le grenier de l’Amérique du Sud : elle exportait des céréales, des fruits, des légumes, des produits laitiers, de la viande. Avec l’expansion du soja GM, ces cultures ont reculé et l’Argentine n’est plus auto-suffisante ; à part pour le soja. Par contre, la culture du soja a chassé des centaines de milliers de travailleurs agricoles et de paysans, des campagnes vers les bidonvilles des grandes agglomérations. Aujourd’hui, alors que l’Argentine exporte près de 90% de son soja, des pans entiers de la population argentine souffrent de la faim.

Les Etats-Unis premier producteur mondial d’OGM comptent 35 millions de personnes qui souffrent occasionnellement de la faim. Si les OGM avaient dû changer quelque chose depuis 15 ans on l’aurait remarqué.

 Conclusion

En avril 2008, l’Evaluation Internationale des Sciences et Technologies Agricoles pour le Développement (IAASTD en anglais) publiait son rapport basé sur le travail de plusieurs centaines de scientifiques de domaines et pays divers. C’était le résultat de quatre années de discussions sur des aspects scientifiques, sociaux et économiques. Le rapport se terminait par vingt conclusions clés, parmi lesquelles on trouvait un appel pour que les méthodes agro-écologiques de gestion de la terre soient beaucoup plus soutenues et que soit aussi reconnue la nécessité de développer dans ce but, les savoirs, les sciences et les techniques agricoles.

Oh ! Le beau champ de mauvaises herbes ! Bravo les OGM !

(Cliquer pour agrandir et voir la légende)

« Ces connaissances, sciences et techniques agricoles doivent être approfondies et renforcées pour former une science de l’agro-écologie. Celle-ci pourra s’attaquer à des problèmes environnementaux, tout en maintenant et augmentant la productivité. Les savoirs, sciences et techniques agricoles - qu’ils soient officiels, traditionnels ou communautaires - doivent apporter des réponses aux pressions croissantes sur les ressources naturelles, comme la baisse de la quantité et de la qualité de l’eau, la dégradation des sols et des paysages, les pertes de biodiversité et de fonction des agro-écosystèmes, la dégradation et la perte de la couverture forestière et la dégradation des pêcheries maritimes et côtières. » (IAASTD, 2008)

Le message capital du rapport était résumé en ces termes :

« L’agriculture a un impact sur tous les grands problèmes écologiques, et lorsqu’on aborde les changements climatiques, la biodiversité, la dégradation des terres, la qualité de l’eau, etc, il faut aussi tenir compte de l’agriculture qui est au cœur de ces problèmes et pose un certain nombre de défis difficiles, auxquels nous devons faire face. Nous devons nous assurer que l’impact de l’agriculture sur les changements climatiques est réduit ; nous devons nous assurer que nous ne dégradons pas les sols, que nous ne dégradons pas la qualité de l’eau et que nous ne portons pas atteinte à la biodiversité. Il y a des défis majeurs, mais nous pensons qu’en combinant les connaissances locales et traditionnelles avec les connaissances officielles nous pouvons relever ces défis ». (Professeur Robert Watson, directeur de l’IAASTD et directeur scientifique du Ministère de l’Environnement britannique) (Communiqué de presse de l’IAASTD, 2008)

« L’agroécologie et d’autres méthodes durables de production alimentaire protègent la biodiversité et augmentent la productivité. Ces méthodes ont démontré dans la pratique qu’il existe des alternatives au modèle haute technologie, non durable et coûteux de la « révolution verte ». » (IAASTD, 2008)

L’IAASTD n’a pas retenu les OGM comme solution - au grand dam des industriels des biotechnologies, des Etats-Unis, de l’Australie et du Canada qui, tous, soumirent des amendements au texte final pour exprimer leur inquiétude (IAASTD, projet de rapport, 2008). Par contre, 58 pays ont soutenu les conclusions de l’IAASTD sans aucune réserve.

Si vraiment les dirigeants de Maïsadour et d’Euralis veulent faire quelque chose contre la faim dans le monde, qu’ils arrêtent de suite leur soutien aux agrocarburants. Les deux firmes ont une participation dans l’usine d’éthanol Abengoa à Lacq qui engloutit 500 000 tonnes de maïs ! Les programmes d’agrocarburants des Etats-Unis et de l’Union européenne ont été à l’origine de la flambée des prix alimentaires de 2008 qui entraina des émeutes de la faim dans une quarantaine de pays et fit passer le nombre d’affamés de 850 millions à plus d’1 milliard !

Stop aux OGM ! Stop aux agrocarburants ! Place à une agriculture qui nourrit les Humains, respecte la terre, l’eau, les climats et maintienne les paysans sur leurs terres pour y vivre dignement.

La priorité de l’agriculture est de nourrir les Humains, pas d’engraisser les actionnaires des firmes de semences, de la chimie, des biotechnologies.


[1Il s’agit encore d’une de ces péripéties, dans le labyrinthe règlementaire qu’est l’Union européenne. Les habitués de Bruxelles appellent « comitologie » (!), le chemin tortueux que doit prendre une proposition afin de devenir une décision, au terme des différents allers et retours, entre comités, commissions, conseils, nationaux et européens... Cela permet souvent, aux lobbies industriels, d’affaiblir à chaque passage, la portée du texte. L’essentiel est souvent oublié en route, comme pour les OGM.


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