Pesticides 2019 achetés dans les Landes : Surprises

mardi 23 mars 2021
par  Maitre de la toile
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Version 2

 Avertissement

Cet article est la suite de deux autres articles où sont détaillés les achats de pesticides dans les Landes.

Par ces temps compliqués, et porteurs de risques, il est utile de préciser encore une fois que notre objectif n’est pas de fustiger la grande partie de la population agricole qui fait ce qu’elle peut avec les miettes que notre société lui laisse. Nous ne cessons de mettre en avant des indicateurs intéressants, mais sans grand succès il est vrai. Un de ces indicateurs est l’Euro-alimentaire. Il nous montre la répartition des flux financiers de notre consommation alimentaire :

  • Pour 100€ achetés,
  • 5,8€ constituent la valeur ajoutée qui revient à l’agriculteur.
  • Cette valeur a perdu plus de 30 % depuis 1999. Avec cette faible valeur ajoutée, notre exploitant exploité doit faire vivre sa famille, entretenir sa ferme, rembourser ses prêts, investir, produire…

Si nous ajoutons que la moyenne d’âge des agriculteurs landais est au-dessus de 55 ans, nous comprenons rapidement que la marge de manœuvre des agriculteurs, pour passer en bio, est très faible pour la plupart d’entre eux.

Dans les articles précédents, nous avions mis en évidence trois informations importantes et récurrentes :

  • Très peu de pesticides ou leurs métabolites sont recherchés dans l’eau potable
  • Grande stabilité des quantités utilisées malgré les divers plans éco-phyto
  • Des produits très utilisés souvent non recherchés dans l’eau potable déclarés inoffensifs se retrouvent interdits car dangereux.

Pour 2019, nous avons une agréable surprise. Les données montrent, suivant les sources, une baisse de 30 à 40 % de l’utilisation des pesticides dans les Landes.

Comme nous n’avons pas entendu le moindre cri jubilatoire de la profession ni de la chambre d’agriculture, nous demeurons très circonspects. Nous montrerons que, si ce type baisse se confirme, elle est la voie à suivre pour réduire drastiquement l’utilisation des pesticides.

 Les pesticides

Les achats de pesticides sont classés par code postal et par molécule. Ce qui nous donne une certaine finesse de l’analyse. Le lecteur pourra faire référence à nos articles précédents, et en particulier à l’historique de la série :

Nous rappelons que l’introduction d’une molécule chimique et en particulier d’un pesticide se fait avec des garanties d’innocuité « très sérieuses ». Ces produits ont subi des recherches, et des contrôles au-dessus de tout soupçon... Les procédures d’homologation sont tellement sûres que le principal pesticide utilisé dans notre département : le Métam-Sodium a été interdit fin 2018, le troisième (devenu 2°) : le Glyphosate est en cours d’interdiction, et le 4°, peut être le plus dangereux, le Mancozebe est interdit depuis le 31/01/2021.

Le premier pesticide actuel est le responsable principal de la pollution de nos nappes phréatiques destinées à l’EDCH (Eau Destinée à la Consommation Humaine, ou eau potable). Le S-métolachlore, premier pesticide utilisé dans les Landes en 2019, n’est pas recherché dans l’eau potable, mais ses métabolites principaux le sont.

Cette non recherche persistante serait un gag des services de l’état, si le risque n’était pas là. Les pesticides que nous savons pouvoir devenir dangereux sont peu recherchés dans l’eau potable. La liste des pesticides recherchés est pourtant bien longue. Entre les pesticides et leurs métabolites, on peut trouver autour de 90 molécules recherchées une fois par an dans l’eau potable landaise. Or la plupart de ces molécules ne sont pas utilisées. Certes certaines le furent, et présentent de fortes rémanences, qu’il est intéressant de quantifier, mais ce sont des exceptions.

Sur ces 20 pesticides, les plus utilisés dans les Landes en 2019 (74% du total), seulement 5 sont recherchés dans l’eau potable (surlignés en blanc).

Lorsque nous avons interrogé les services de l’état sur l’écart entre les produits recherchés et les produits utilisés, nous avons obtenu des réponses pour le moins étonnantes. Il est vrai que la gestion de la pandémie actuelle pourrait être révélatrice de certains fonctionnements.

Le tableau suivant montre les quantités, les occurrences par les codes postaux, et la nouvelle classification des pesticides. Lorsqu’un pesticide est surligné en rouge, sa molécules, comme ses métabolites, ne sont pas recherchés dans l’EDCH. A l’exception notable du S-Métolachlore dont on ne recherche que les métabolites usuels, mais pas la molécule mère.

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Achat Pesticides Landes (Clic gauche pour visualiser)

L’occurrence indique le nombre de codes postaux où l’achat du pesticide en question est effectué au moins une fois.

 Nouvelle Classification

La classification des pesticides a changé. De 3 groupes ils passent à 4 :

  • CMR : cancérogénicité, mutagénicité sur les cellules germinales ou toxicité pour la reproduction.
  • Santé A : toxicité aiguë de catégorie 1, 2 ou 3, ou toxicité spécifique pour certains organes cibles, de catégorie 1, à la suite d’une exposition unique ou après une exposition répétée, soit en raison de leurs effets sur ou via l’allaitement.
  • ENV A : toxicité aiguë pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 1 ou 2.
  • ENV B : toxicité chronique pour le milieu aquatique de catégorie 3 ou 4.
  • Autre : autre substance.

 Évolution des quantités utilisées

Dans les Landes, il a été acheté plus de 100 références (AMM) différentes contenant du Glyphosate en 2014. Le Glyphosate représentait 10 % des ventes. Certains pouvaient peut être en boire comme se plaisaient à le dire certains commerciaux. Dans le même temps le Métam-Sodium représentait autour de 40 % des ventes avec 3 références ou AMM. On comprend mieux les avalanches de suppression de certaines AMM, et les risques d’erreur des bases de données. Une AMM pouvant comporter plusieurs molécules différentes.

La figure suivante montre l’évolution des quantités de pesticides achetées par code postal dans les Landes de 2014 à 2019. Nous constatons immédiatement une forte baisse de l’utilisation des pesticides dans les Landes en 2019 : environ 40 %.

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Evolution des achats par CP 2014 2019

Faut il imaginer une crise de modestie dans le monde agricole ? En effet, pour contrer les méchants écolos qui ne connaissent rien, nous aurions dû assister à d’impressionnantes manœuvres de communication peut être à grands coup de bâches taguées près des habitations de quelques écolos à informer. Il n’en fut rien.

La raison est peut être trouvée si nous creusons un peu les données. Sur la figure suivante, nous portons les mêmes données, mais la deuxième courbe représente la totalité des pesticides achetés en enlevant le Métam-Sodium. En pointillés la courbe de tendance de l’évolution sur la période.

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Evolution comparée

Surprise, nous constatons qu’en dehors d’une éventuelle variabilité annuelle de la pluviométrie :

  • La baisse de consommation est liée à la fin du Métam-Sodium.
  • La consommation des autres pesticides est relativement constante depuis 2014.
  • Il n’ y a pas de remplacement d’un pesticide retiré par un autre. Ceci se confirme lorsque nous portons les 5 pesticides les plus achetés sur la période.
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Evolutio Achats des 5 premiers pesticides

Doit on conclure de ces faits que :

  • les plans phyto largement applaudis par la représentation agricole majoritaire ne servent à rien ?
  • La principale solution à la diminution des pesticides réside dans leur suppression ?
  • La suppression d’un pesticide peut n‘avoir que peu d’impact sur la conduite des productions agricoles ?

Nous avons également découvert quelques petites pépites. L’AMM 2090075 concernant l’Oxamyl est un pesticide qui est interdit d’utilisation en sol acide si nous en croyons l’information du site EPHY de l’ANSES. L’Oxamyl n‘est utilisable que sous cette AMM, et pour des cultures très spécifiées : Carottes, Maïs uniquement semences, pommes de terre, scorsonères, plantes ornementales, tabac. La distribution ci-dessous pourrait amener certains à vérifier leurs connaissances globales de géologie. Nous pensions que le plateau landais au nord de l’Adour était constitué de sables, avec une tendance au sol acide. Les 4 codes postaux les plus acheteurs sont classés très majoritairement sableux par le BRGM qui doit sûrement faire erreur...

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Achats d’Oxamyl par CP et nature du sol (source BRGM)

 Conclusion

Les années passent et la volonté affichée de réduire la quantité de pesticides semble de plus en plus un écran de fumée.

Les années passent et montrent que des pesticides réputés inoffensifs pour l’homme, pour la nature, sont en fait des produits pouvant être très nocifs.

Les années passent et parfois nous découvrons des vérités inattendues.

 Annexes

Portfolio : Répartition de l’achat des pesticides par code postal pour la totalité et pour les 5 premiers pesticides les plus achetés en quantité soit 58% du total.


Portfolio

Achats total de pesticides par CP Achat de S-Métolachlore par CP Achat de Glyphosate par CP Achat de Dmta-p par CP Achat de Mancozebe par CP Achat par CP Bentazone

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