Le port de Capbreton serait il pollué par le Bouret et le Boudigau ?

jeudi 13 juin 2019
par  Maitre de la toile
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  Propos liminaires

Si, par son obstination à ne pas fournir les documents que nous demandons, Macs montre toujours le refus de notre participation aux ’ concertations ’ qu’elle organise, cela ne nous empêche pas de travailler le dossier.

Lors des concertations en prélude de la première enquête publique du dossier très controversé du dragage du Lac d’Hossegor, nous avions demandé si l’on connaissait l’origine des pollutions par les métaux lourds des sédiments contenus dans ce lac marin. Macs n’avait pas jugé utile de chercher une réponse.

La question se pose de manière plus critique pour certaines zones du port de Capbreton, en particulier sur les zones d’arrivée du Bouret et du Boudigau.

Nous suspectons qu’une partie de la pollution de la zone Est du port est issue de ces deux cours d’eau. Ils sont les vecteurs d’une partie des sédiments du port et du lac.

Les cours d’eau peuvent transporter des pollutions très loin, soit par la solubilité des polluants soit par le transport des MES (Matières En Suspension). L ‘exemple de la pollution des sites de production d’huîtres du Médoc, et d’une grande partie de la façade Atlantique proche de l’embouchure de la Gironde, par du cadmium provenant de l’usine de zinc de Vieille Montagne sur le bassin de Decazeville est emblématique [1].

En vertu du principe du Pollueur/Payeur, il serait déraisonnable de faire assumer par les seuls plaisanciers et pêcheurs professionnels les coûts induits des pollutions externes de sédiments à extraire du port . Est il légal, ou moral de pratiquer le Pollué/Payeur ?

Très en amont de la ’ concertation ’ lors d’échanges avec le bureau du lac et port, nous avions demandé, en plus des résultats d’analyses des sédiments, si Macs envisageait de faire une recherche sur l’éventuelle pollution du port par le Bouret, et le Boudigau. Il nous avait été répondu qu’il n’ y avait pas de données disponibles, et que le coût d’établissement des analyses par la structure était hors du champ des possibles pour Macs.

Or, des données bibliographiques publiques existent, nous allons tenter d’en faire l’analyse, travail que MACS, avec ses moyens, ne trouve pas judicieux d’effectuer.

Les documents du bassin Adour Garonne sont disponibles sur son site SIEAG : [2].

Notons que le Bassin Adour Garonne réduit la quantité de mesures effectuées. Alors que nous prenons de plus en plus conscience de l’impact de la pollution, il est regrettable d’assister à une réduction continuelle du nombre de points de mesures, de leur diversité. Nous étudierons 4 indésirables du port, appartenant à ce que l’on appelle les polluants spécifiques. Leurs demi-vies sont de plusieurs centaines d’années :

  • Arsenic
  • Chrome
  • Cuivre
  • Nickel

Référentiel N1 N2

Ce référentiel est issu du décret du 9 août 2006 [3] et suivants. L’utilisation du référentiel est décrite par divers documents dont celui de l’Ifremer [4].

En fonction des niveaux N1 et N2 de chaque polluant, du volume de sédiments, et de la proximité d’une ZC (Zone Conchylicole), le clapage en mer des sédiments est soumis soit à déclaration, soit à autorisation.

Ce décret est une aide à la décision, les seuils N1, et N2 n’ont pas de valeur contraignante. Une note [5] d’accompagnement du 05 août 2014 précise … «  qu’il ne s’agit nullement de seuils d’acceptation ou d’interdiction juridiquement opposables en tant que tels  » .

Dans sa communication, Macs montre une incohérence. Macs publie, depuis l’an dernier, des cartes et des informations montrant la qualité des sédiments des zones du port basées sur le référentiel N1, N2. Dans le même temps, Macs refuse de publier les analyses des sédiments en sa possession, car elles seraient peu précises. De deux choses l’une :

  • Soit les protocoles et processus du décret du 9 août 2006 ont été respectés, le référentiel peut être employé, et les analyses comme les cartes existent.
  • Soit les protocoles et processus du décret du 9 août 2006 n’ont pas été respectés, le référentiel ne peut être utilisé, et les analyses comme les cartes n’existent pas.

Macs ne peut pas à la fois prétendre que des sédiments seraient pollués, ou pas, conformément au décret d’août 2006, et prétendre que les analyses ne sont pas précises, et donc non diffusables.

Montage financier

Actuellement, le coût du dragage serait assumé exclusivement par les plaisanciers et les pêcheurs professionnels du port de Capbreton. Ces seuls usagers payeurs ne sont en aucun cas les décideurs, ils n’ont qu’une voix purement consultative, dans les instances de décision. Or, les options possibles pour le traitement des sédiments impliquent un coût variable. A La Rochelle, on extrait chaque année plus de deux fois ce qui est prévu moins d’une fois par quart de siècle à Capbreton. Un compte rendu des associations de plaisanciers du port des Minimes à La Rochelle indique [6] :

«  Pour faire simple, on peut considérer que les ordres de grandeur de coût au mètre cube de sédiment en place, sont les suivants :

  • De 4 à 10 € pour un dragage par pompage et un clapage en mer à une distance de moins de 5 milles du port (cela peut monter à 30€ en fonction de l’éloignement).
  • De 60 à 120 € pour un dragage par pompage et stockage à terre après traitement simple (décantation puis mélange avec un liant)
  • Jusqu’à 250€ dès qu’il faut combiner une extraction mécanique et l’évacuation, la ségrégation, le traitement et la mise en dépôt de macro-déchets et de sédiments contaminés. Ce cas de figure, assez rare, concerne souvent des zones de contamination ancienne, généralement liées à des activités industrielles historiques. A titre d’exemples, le port de plaisance de La Rochelle évacue en mer entre 300 et 400.000 m3 chaque année pour un coût de 4 à 7 € du m3 ; Celui de Royan traite 80.000 m3par an pour un coût unitaire qui varie entre 5 et 8€ ; Quant au port d’Arcachon, le stockage à terre est la règle et le coût unitaire du processus complet a baissé de 95€ à 57€, grâce à la mise en route en 2016 d’une nouvelle unité de valorisation des sédiments d’une capacité initiale de 30.000 m3/an, qui devrait monter à 65.000 m3, dans les deux prochaines années.  »

 Les deux cours d’eau

Ce qui suit est une compilation de données, les protocoles, les processus de mesures et l’exploitation, sont différents les uns des autres. Il s’agit ici avant tout d’un travail préparatoire destiné à fournir des ordres de grandeur, une image, permettant de faire, s’il y a lieu, des investigations supplémentaires.

Le Bouret

Jusqu’en 2007, de nombreux points étaient échantillonnés sur son bassin versant. Il ne reste plus qu’un seul point sur la commune d’Angresse. Hélas ce point se trouve en amont de son confluent avec le canal de Monbardon. Or, il existe, entre Angresse et Soorts-Hossegor, deux anciennes décharges publiques riveraines de ce canal. Elles résulteraient du comblement de carrières d’argiles liées à l’ancienne briqueterie de Soorts.

L’état écologique du Bouret est classé ’ MAUVAIS ’ en 2017, date des dernières analyses. Les analyses de la base de données portent sur les sédiments, et en particulier sur la partie de granulométrie inférieure ou égale à 63 µm. Cela correspond aux parties constituant la vase, c’est aussi la partie des sédiments la plus présente dans les MES, et qui agglomère le mieux les métaux lourds.


Figure 1 : Pollution des vases du Bouret à Angresse (ordonnée : Valeur du Polluant/Valeur N1 du Polluant)

La figure 1 représente le tracé des 4 métaux lourds entre 2011 et 2017. Pour pouvoir superposer les valeurs, nous les avons relativisé à leurs valeurs N1 [7] respectives (une valeur 1 indique une pollution égale au seuil N1 du produit en question).

Nous constatons de fortes présences de pollutions. Les valeurs pour l’arsenic et le chrome peuvent être supérieures à N1 (2017). La moyenne des valeurs est à 50% de N1. Pour information, lors des mesures de juillet 2016, dans le lac d’Hossegor, sur 20 mesures, le chrome et le nickel dépassaient chacun à 8 reprises les valeurs N1. Or, les sédiments ont étés déposés sur la plage de Capbreton.

Le Boudigau

Le cours d’eau est classé ’ MÉDIOCRE ’ pour l’état écologique, il est très chargé en MES. Les données du SIEAG ne permettent pas de rechercher des valeurs de pollution de sédiment sur le dernier point de mesure en activité sur le Boudigau. Les seules données existantes sont celles de la teneur des polluants recherchés dans l’eau, et datent de 2009. Les valeurs sont très faibles, de l’ordre du μg/l d’eau. Or nous savons que ce type de polluant n’est que peu présent dans l’eau.

Cherchons une autre source de mesure du sédiment sur le parcours du Boudigau

Marais d’ORX

Le marais d’Orx est à moins de 12 km du port, et alimente de Boudigau. Nous n’avons que deux années de prélèvement pour les sédiments et l’eau (2009 et 2015).

Si les prélèvements pour les sédiments sont uniques, 3 prélèvements annuels ont été faits pour l’eau. Notons que le sédiment n’a pas été prélevé en même temps que l’eau, des décalages de quelques jours existent.

L
Figure II : Marais d’Orx pollution relatives à N1 des principaux polluants (ordonnée : Valeur du Polluant/Valeur N1 du Polluant)

La pollution des sédiments figure 2 est importante, puisque l’arsenic dépasse la valeur N1 pour les deux mesures, et même N2 pour la première de 2009.

La moyenne des valeurs relatives est à 90% de N1, et 50% de N1 si on enlève l’arsenic.

Les mesures du Marais d’Orx montrant des données sur la quantité de métaux lourds dans l’eau et dans les sédiments , nous pouvons estimer un ordre de grandeur entre la quantité de métaux lourds dans l’eau et dans les sédiments. Ce ratio montrerait qu’il y a 10 000 fois plus de métaux lourds dans 1 kg de matière sèche de sédiment que dans 1 litre d’eau filtré et centrifugée. Le transport des polluants considérés pourraient donc se faire par les MES.

Pour aller plus loin, les pesticides des analyses du Marais d’Orx montrent des concentrations très fortes. L’eau potable doit avoir une concentration inférieure à la limite de qualité de 0,1 μg/l d’eau pour les pesticides et leurs métabolites [8]. L’AMPA issu du Glyphosate a une valeur moyenne sur 8 mesures en 2009 et 2015 de 0,31 μg/l. Pour l’Esa Metolachlore issu des Métolachlores c’est 0,53 μg/l pour les 4 mesures de la seule année de test de 2015. Le dernier pesticide est un désherbant de prélevée et post-levée du maïs, peu connu, responsable de la non qualité de l’eau distribuée à près de 80 000 landais entre 2013 et 2019. Ils sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Y a t il une cohérence entre la pollution des vases du marais d’Orx et des MES ou des sédiments du boudigau ?

 Conclusion

Les cours d’eau peuvent transporter des pollutions sur de très longues distances, le temps, les conditions météo, la très grande stabilité des polluants, sont des facteurs influents. Il existe une probabilité non négligeable qu’une partie conséquente des pollutions du sédiment du port de Capbreton soit d’origine extérieure au fonctionnement du port. En effet, si nos sources sont bonnes, il existe une concentration de polluants importante aux débouchés du Boudigau et du Bouret. Ces concentrations sont existantes dans les vases du Bouret, et du Marais d’Orx.

Alors que le dragage du lac d’Hossegor a été sur financement public, il semblerait hasardeux de faire porter sur les plaisanciers et les pêcheurs professionnel du port de Capbreton un coût de dragage résultant d’une pollution pour partie, au moins, externe au port, et anthropique. Nous avons dans un courrier précédent évoqué les incohérences potentielles de cette concertation, nous en trouvons ici un complément.

Quelles pourraient être les conséquences si les décideurs politiques suivent les vœux d’une concertation qui demande un dragage avec des options coûteuses qui seraient assumées sous le principe Pollué /Payeur et non Pollueur/Payeur ?


[5Note_accompagnement-_Arrete_17-07-2014_PCB-TBT-1_cle59dc2b

[7Les protocoles de mesure utilisés par AEAG ne sont peut être pas conformes au référentiel N1 et N2

[8Un métabolite est un produit de la décomposition du produit actif, sauf indication contraire il est soumis aux mêmes règles que la molécule pesticide mère.


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