Eau potable : Le Sydec aussi ...

mardi 27 mars 2018
par  Maitre de la toile
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 Arrêtés préfectoraux

Notre bon préfet des Landes vient de signer pas moins de 8 arrêtés de dérogations au bénéfice du Sydec. Comme le SIBVA, le Sydec va ainsi, pour partie, revenir dans la légalité, et vendre de l’eau non conforme comme conforme. En effet, la loi permet au préfet de modifier les LQ (Limites de Qualité) de l’EDCH (Eau Destinée à la Consommation Humaine) à son bon vouloir, et sans aucune base scientifique.

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Recueils des Actes Administratifs fevrier 2018

Nous rappelons que l’Esa-Métolachlore (Esa-Mtc) est un produit de décomposition (métabolite) du S-Métolachlore (S-Mtc) qui appartient à la famille des Chloroacétamides. Cette molécule a été interdite en 2012 dans les produits de beauté comme perturbateur endocrinien.

Les autorités ne manqueront pas de nous expliquer que la limite de qualité est loin de la Vmax, limite maximum à partir de laquelle l’Esa-Mtc présenterait un risque. Sauf que ces braves gens oublieront deux ou trois détails intéressants :

  • La Vmax est construite sur des données des fabricants du S-Mtc.
  • Les Chloroacétamides sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens.
  • Toute dose, et surtout les doses infimes, sont dangereuses avec les perturbateurs endocriniens. Si nous regardons d’un peu plus près la manière dont cette Vmax a été fabriquée par l’ANSES pour le S‑Métolachlore, nous découvrons plusieurs détails particulièrement édifiants. La lecture attentive de l’avis de l’ANSES [1]montre que :
  • les études utilisées pour déterminer la toxicité des métabolites sont des études de toxicité sub-chronique (exposition de rats sur des périodes maximales de 90 jours) fournies par les fabricants des herbicides (rapports non publiés de Novartis Crop Protection AG, Monsanto, CIBA-GEIGY). Pour chacun des métabolites concernés, le rapport indique qu’il n’existe pas d’études sur leur toxicité chronique (sur le long terme) par ingestion.
  • Pour les valeurs toxicologiques par voie orale des molécules mères, l’ANSES utilise des rapports non publiés de Monsanto, CIBA CEIGY, Novartis ; une étude publiée (citée par le Minesota Department of Health) co-écrite par M.Siglin, qui est l’auteur principal des rapports de Monsanto ; une étude publiée menée par un laboratoire privé et dont l’origine des financements n’est pas précisée [2] ; un article publié dans une revue éditée par Gio B Gory [3].

La lecture de ces nouvelles dérogations préfectorales ne manque pas de réserver quelques surprises étonnantes.

Première surprise, ces dérogations ne portent pas sur toutes les zones polluées, mais uniquement sur une partie de celles gérées par le Sydec, et aucune pour le SINEL.

La deuxième surprise vient dans les moyens imposés par le préfet pour résoudre le problème. Le choix du Sydec est d’utiliser un traitement par CAG (Charbon Actif Grain). Nous l’avons déjà vu, il semble qu’il y ait une bonne cohérence des études qui expliquent que le traitement par CAG est peu ou pas efficace dans le traitement de l’Esa-Métolachlore dissous dans l’eau. L’ANSES s’appuyant sur des expérimentations, dont celles du SIBVA, l’indique page 6 de l’avis cité. Le SIBVA, a qui le préfet n’impose pas de solution, semble faire le choix d’un traitement au CAP (Charbon Actif Poudre).

Troisième surprise, les valeurs des nouvelles LQ imposées par le préfet sont variables en fonction des lieux. Nous nous garderons bien entendu d’émettre l’hypothèse que certains habitants de certaines zones sont plus fragiles que d’autres, ou méritent une meilleure protection... A défaut de nous expliquer la démarche suivie, le préfet aurait pu nous indiquer les raisons qui l’ont poussé à fixer des limites variables.

Les données extraites des dérogations signées par le préfet pour le SIBVA et le Sydec sont résumées dans le tableau suivant :

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Bien entendu, nous restons dans le curatif, autrement dit dans le Pollué/Payeur, et aucune demande n’est faite pour réduire le problème à la source comme il aurait été judicieux de la faire. Il est vrai que le préventif conduit à une réduction drastique de l’épandage des pesticides pour le maïs, il semblerait que, dans ce domaine, nous soyons face à un interdit.

 Apport du Sydec

Un rendez vous avec le Sydec était programmé avant la parution des arrêtés préfectoraux. Cela nous a permis d’aborder l’ensemble des questions soulevées par ces arrêtés.

Le Sydec aurait demandé des LQ variables en fonction des pollutions constatées.

Le Sydec s’engage à répondre au problème de la non-conformité de l’eau. Plusieurs actions sont en cours :

  • Court terme : installation cartouches filtrantes CAG (Charbon Actif Grain) interchangeables sur 6 des unités de production en non-conformité. Pour Lesperon, mise en route imminente du deuxième forage réalisé en 2013, l’arrêté préfectoral ayant enfin été signé (12/03/18), on s’achemine vers un mélange des eaux.
  • Moyen terme : mise en œuvre des 2 premières AAC, et planification des 4 suivantes
  • Plus long terme : après les AAC précédentes, généralisation des autres AAC sur les captages avec traces d’Esa-Mtc. Le Sydec disposait de deux matériels industriels pour le filtrage inutilisés. Le premier à Aire sur Adour, le deuxième à St Gein. Ces matériels ont été remis en service pour effectuer des expérimentations plutôt empiriques, mais dans des conditions industrielles réelles. Après deux ans, le Sydec pense avoir trouvé une solution curative efficace (produit et conditions d’usage). Il s’agit d’une filtration par un charbon actif grain particulier de chez JACOBI. L’agence Adour Garonne ne veut pas financer le nettoyage, arguant l’incertitude que l’Esa-Métolachlore n’est toujours pas déclaré métabolite pertinent. De plus, il demeure une incertitude sur l’interaction de la qualité de l’eau brute sur le CAG. En conséquence, le Sydec opte pour une solution transitoire avec des cartouches interchangeables fournies et entretenues par la société JACOBI. Le Sydec loue la gestion des cartouches et paye le CAG. Le coût estimé pour les 6 Unités de production entre la location et le CAG est de 300 000 €/an, plus 700 000 € de travaux d’aménagements permanents. Les systèmes seront opérationnels avant l’été 2018, les démarrages se feront dans l’ordre suivant :
  • Gaillères (1 cartouche) vient de démarrer début mars
  • Pujo le plan (1 cartouche) démarrage avril
  • St Gein (3 à 4 cartouches)
  • Lourquen
  • St Cricq du gave
  • St Lons les Mines St Cricq est équipée car l’eau brute est au dessus de la LQ, or, la zone alimentée est au stade de traces (mélange avec Pouillon et Saugnac et Cambran), mais St Cricq alimente Bonduelle en direct ce qui explique son futur équipement. Cet équipement ne pourrait pas être transitoire, car l’usine ancienne est à reconditionner.

Une cartouche est en fait un silo transportable de 8 m de haut, transporté et mis en place par un camion installateur spécifique. Lorsque le charbon actif est saturé, la société Jacobi livre un autre silo. Elle se charge d’évacuer le CAG saturé, et recharge la cartouche avec un produit neuf dans ses propres installations. Lors des rinçages du silo en usage, le charbon actif ne relarguerait pas l’Esa-Métolachlore qui demeurerait piégé dans le CAG. Ainsi, le Sydec n’aurait pas de souci de traitement d’eau surdosée en Esa-Mtc.

Le Sydec a décidé que les dépenses seraient supportées solidairement par l’ensemble des usagers de l’EDCH du Sydec, soit un impact d’environ 0,1€/m³, somme qui a été provisionnée. Ce coût supplémentaire intègre d’autres travaux comme un nouveau forage à Angresse etc...

Les AAC de Pujo le Plan, et St Gein sont en cours de finalisation (2 étapes sur 4 réalisées). On connaît d’ores et déjà l’AAC. Le sous-traitant retenu en est à la détermination des parcelles les plus impactantes.

  • Pujo le Plan 3 forages, et 2 120 Ha
  • St Gein 690 Ha Si l’urgence, pour le Sydec, est de livrer une eau conforme, dans un deuxième temps, il passera au préventif, et associe déjà les agriculteurs et les Cuma locales intéressées. L’objectif est de supprimer au maximum l’ensemble des pesticides. Il souhaite en premier lieu jouer la concertation, avant éventuellement de jouer la carte de l’obligation. En première approche, la concertation serait jouable sur les deux premières AAC. Le Sydec espère que les résultats obtenus par les agriculteurs volontaires permettront la généralisation.

A plus long terme, le Sydec est conscient que la quantité disponible se réduit, ’on pompe plus vite que les nappes ne se rechargent ’.

 Conclusions

Nous attendons avec impatience les premiers résultats des solutions curatives engagées par le Sydec qui ne sauraient tarder.

Nous demeurons opposés à toute solution curative permanente. Nous souhaitons que dans les plus brefs délais des solutions préventives soient mises en place. Pour nous, une agriculture biologique respectant les sols est la seule solution viable. Ceci pourrait passer par des systèmes transitoires sans labour, avec couverts végétaux inter-cultures.

Les systèmes curatifs ne peuvent être que transitoires, pour nettoyer les nappes polluées par une agriculture irraisonnée.

Nous rappelons que ce ne sont pas en général les petits agriculteurs qui doivent être tenus pour responsables des pollutions des nappes. C’est un système global qui part des chambres d’agricultures aux réseaux de la grande distribution, en passant par les pseudo coopératives agricoles et l’agro-industrie dans son ensemble. Il convient de rajouter à ces freins au progrès une forme de complicité probable des services de l’état qui n’apportent pas de réponses en temps voulus, mais laissent traîner les choses.

A propos de lenteurs administratives, le SINEL semble en phase avec l’administration, puisque les habitants du sud-est du département semblent être considérés tout à fait aptes à consommer et payer une eau non conforme.

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Etat des lieux pour l’Esa Métolachlore Le tableau donne la partie de population impactée par les différents états

[2Hazelton Raltech Incorporated

[3dont les liens d’intérêt avec l’industrie américaine du tabac sont bien documentés, voir pex article wikipédia : « In May 1993, Gori entered an exclusive consulting arrangement with B&W Tobacco, receiving $200/hour a day to $1,000/day for attending conferences.[14] In the 118-page book Passive Smoke : The EPA’s Betrayal of Science and Policy, Gio Gori and his co-author and fellow industry consultant, John Luik, claim the U.S. Environmental Protection Agency (EPA) used ’junk science’ to distort the health effects of secondhand smoke. The book was funded by B&W, which funneled the money through a third party, the Fraser Institute. »


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