Analyse étude EauRist

mercredi 24 mai 2017
par  Maitre de la toile
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 Considérations liminaires

Dans les Landes, la pollution de l’EDCH (Eau Destinée à la Consommation Humaine) touche environ 88 000 habitants. Cette pollution est d’origine agricole, et plus particulièrement provient du désherbage du maïs. A l’issue de notre visite dans les locaux de la chambre d’agriculture des Landes, nous avons obtenu des documents montrant les résultats du plan EauRist. Ce plan nous a été vendu comme une belle réussite. Les agriculteurs par leur travail, sous la conduite des experts des coopératives agricoles et de la chambre d’agriculture des Landes, auraient réussi à faire baisser de 40 % l’apport du S-Métolachlore (S-Mtc) sur l’aire d’Orist.

Une analyse fine du document de présentation intitulé : ’ EltsReunionPlenier2016 ’ montre qu’il y aurait surtout une belle réussite dans un domaine différent de la protection de l´environnement et la santé, mais plus proche de la propagande, cette bonne fille de la communication, pour ne pas dire de la manipulation de données.

 L´analyse des données

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La vue 3 montre l’évolution du nombre d’agriculteurs sous contrat volontaire, et surtout leur lien vers les 3 structures pseudo-coopératives agricoles intervenant sur l’opération. Il est intéressant de constater qu’au lieu de faire appel à un pilotage indépendant répu­té pour sa qualification dans le domaine de la protection environnementale en agricul­ture, on a fait appel aux fournisseurs d´intrants. Il est plutôt rare dans le monde indus­triel qu’un fournisseur vous demande de l’aider à faire baisser son propre chiffre d’af­faires. Il est vrai qu’il existe des domaines similaires ; ainsi en matière d´électricité, on a de­mandé à EDF ou aux syndicats d’électricité de piloter la baisse de la consommation d’électri­cité...

La vue 4 nous montre que 86 % des surfaces cultivées en maïs ont été sous contrat d’étude, mais nous ignorons le détail des surfaces traitées et non traitées pour les cultures où le désherbage est de mise, et ceci pour chaque année du projet. Il serait intéressant de connaître l’évolution des surfaces annuelles. De même, nous ne savons pas si la pratique de la couverture herbacée inter culture avec désherbage est utilisée (les champs rouges). Ceci peut se révéler important pour la suite.

La vue 5 aurait mérité un bon développement. Elle montre la répartition des différentes techniques de traitement des herbes utilisées pour réduire la consommation d´herbicides. Toutefois nous avons plusieurs problèmes :

  • Nous ignorons l’état initial d’origine et annuel.
  • Nous ignorons la pratique tendancielle sur l´année.
  • Nous ignorons l ´association des pratiques sur les parcelles.
  • Nous ignorons l’impact climatologique sur la pratique.
  • Nous ignorons les taux d´utilisation des divers pesticides à la parcelle.
  • Nous ignorons l’utilisation des autres pesticides différents du S-Métolachlore. En regroupant les pratiques avec le S-Métolachlore, nous pouvons proposer une autre interpréta­tion de ces données en projetant la pratique avec ou sans ce pesticide -Figure 1-.

Nous pouvons visualiser que l´essai se décompose en deux périodes de 2 années. Le premier bloc 2012-2013 conserve globalement la pratique avec S-Mtc (S-Métola­chlore). Le deuxième bloc 2014

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Figure 1 : Evolution des techniques culturales

  • 2015 réduit l’utilisation de ce pesticide dans la pratique culturale. Nous ignorons si la technique alternative est avec d’autres ou sans pesticide (purement mécanique, rien n’est moins sûr). Partant de ces sup­positions, nous voyons que la baisse de l´utilisation du pesticide étudié n´est que de 37 % de la surface maïsicole globale, alors que la technique alternative ne croissait que de 34 %, et rien n’indique que la technique alternative soit sans pesticide. Nous pouvons considérer que l’impact de l’étude sur la qualité de l’eau du Lespontès est donc limité.

La vue 6 confirme notre dernière impression. Elle nous montre que lorsque le S_Mtc est utilisé, en fin de période, la dose utilisée est réduite de 40 %. Ceci nous permet un nouveau calcul d’ordre de grandeur de la baisse de pression globale. 40 % de 37 % donne une baisse glo­bale sur la zone maïsicole de 15 %. Avec 15 % de baisse, l´impact du travail effectué est donc presque négligeable par rapport aux besoins. Nous constatons également que si nous prenons en compte l’ensemble des herbicides, la pression à l’hectare est le double de celle annoncée pour toute la période et équivalente tout pesticide confondus avec la pression S-Mtc en début de période -Figure 2-. Toutefois, la pression du S-Métolachlore est portée sur la totalité des surfaces conventionnées, et non sur les surfaces réellement traitées. L’information est donc biaisée.

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Figure 2 : Pression annoncée et pression totale rapportées aux surfaces conventionnelles

La vue 7 est particulièrement intéressante, et confirme ce que nous venons d´exprimer. Le graphe du haut montre, par année, la quantité utilisée de chaque pesticide. Le graphe du bas indique pour chaque pesticide et chaque année la surface traitée. Il est à noter un transfert vraisemblable de l´utilisation du S-Métolachlore, qui représente entre 50 et 60 % de la quantité, vers d´autres produits. Par exemple, le Dimethenami-P passe de quelques kg en 2012 à plus de 200 kg en 2015. Ce produit, comme le S-Métolachlore, ou l’Acétochlore, appartient à la famille des chloroacétamide. Le chloroacétamide est interdit en 2012 dans les produits cosmétiques car il porte atteinte à la fertilité des fétus, et provoque des malformations congénitales. Pourtant il n’est toujours pas classé perturbateur endocrinien, alors que ce comportement est un des principaux révélateurs. De même pour le Pendimethaline (classé cancérogène possible) qui passe de rien à plus de 50 kg en 2014... La quantité maximum de S-Métolachlore déversée sur les champs de maïs correspond en 2014 à plus de 700 kg, l’année où pourtant la surface traitée aurait baissée. Les pseudo coopératives ont bien travaillé. Comme nous ignorons les différents états initiaux avant conventionnement, il est impossible de connaître l’évolution réelle de la consommation de pesticide.

En l’absence de réponse de la chambre d’agriculture, nous avons procédé à une étude plus fine de ces deux graphes. Si nous considérons les surfaces, nous trouvons que la surface traitée est 3 à 4 fois la surface conventionnée. Il semble donc que chaque parcelle reçoive plusieurs passages de pesticides vraisemblablement différents. Aucune indication sur les surfaces éventuellement travaillées sans pesticide.

Nous n’avons porté que 11 des 24 entrées du tableau. En négligeant les pesticides les moins représentés, nous avons déjà des surfaces traitées par année 3 à 4 fois plus grandes que les surfaces conventionnées. Il existe donc plusieurs passages avec des pesticides, vraisemblablement différents -Tableau 1-.

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Tableau 1 : Surfaces traitées par pesticide et par année

Le tableau 2 donne le poids total de pesticide par année :

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Tableau 2 : Quantité de pesticide par produit et année

A partir de ces deux graphes, nous pouvons également déterminer la pression à l’hectare de chaque pesticide par année -Tableau 3-.

Le tableau montre clairement qu’il y a une forte présomption de manipulation. En effet, l’analyse indique clairement qu’il n’ y a aucune baisse de la pression à l’hectare non seulement pour le S-Métolachlore, mais aussi en général pour les autres pesticides. Et pourtant, EauRist est vendu comme la mise en pratique du désherbage mécanique à l’ancienne ou du type biologique. Pour le S-Métolachlore, il y a même une croissance d’environ 30 % entre 2012 et 2014.

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Tableau 3 : Évolution de la pression des pesticides à l’hectare par année

La -Figure 3- montre l’évolution des pressions des différents pesticides à l’hectare. Si nous revenons sur la chute de la pression de 40 % des pesticides entre 2012 et 2015, elle pourrait s’expliquer par la disparition de deux produits, l’Acétochlore et le dichhloromide qui représentaient 30 % de la masse de pesticides et 18 % des surfaces traitées en 2012. Ils semblent remplacés par trois produits qui ne représentent que 7 % des poids totaux en 2015.

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Figure 3 : Évolution réelle de la pression des pesticides à l’hectare

Tout ceci bien sûr avec la précision de nos déterminations à partir de mesures sur graphiques, la Chambre d’Agriculture ne nous ayant toujours pas fourni les renseignements complémentaires que nous lui avons demandés.

La vue 8 atteint des sommets en matière de communication. Son objectif est de mon­trer une baisse asymptotique de la pollution par le S-Métolachlore du Lespontès.

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_Baisse de la pollution dans le Lespontes 2009 2015 source :"EltsReunionPlenier2016"

Nous ne savons pas d´où sont extraites les valeurs de la figure, mais la manipulation est manifeste. Nous donnons la courbe extraite des données du SIE Adour Garonne -Figure 4-. Il est très clair que nous avons deux mesures en 2009 qui sont ce que l´on nomme en statistique des valeurs aberrantes ou déviantes. Nous avons enlevé ces deux valeurs, conformément à l´usage des traitements statistiques. Les valeurs aberrantes permettent de découvrir des comportements anor­maux dans un processus. Ici, on peut supposer la vidange d´un fond de cuve au ruis­seau, ou tout autre procédure impactante anormale.

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_Figure 4 : Evolution de la concentration en S-Métolachlore et de son métabolite dans le Lespontes 2007 2016

Nous l´avons vu dans un autre do­cument, il y a une transmission de l´ordre du % vers la rivière lors des traitements. Nous avons également porté les valeurs mesurées de l’Esa Métolachlore, le métabolite issu de la décomposition des Métolachlores. Il est le principal polluant des captages. Nous voyons que c´est un descripteur beaucoup plus efficace que la molé­cule mère, puisqu’il est détecté avec des concentrations 10 fois supérieures. L’Esa-Métolachlore est très soluble dans l´eau, ce qui le rend difficile à extraire, et sa demi-vie est beaucoup plus longue.

En ce qui concerne la tendance à la baisse asymptotique du S-Métolachlore, nous voyons -Figure 4- que sur la période 2007-2015, c´est une vue de l´esprit. Nous avons porté la courbe de tendance linéaire. Son coefficient de corré­lation de -0,11 indique une forte probabilité d’indépendance des valeurs. Autrement dit, il n’y a pas de liaison entre la quantité de pesticide mesurée et le moment où il est mesuré. La conclusion est simple, bien que nous percevions des cycles potentiels, il n´y a pas de baisse tendancielle de la quantité de S-Métolachlore dans le Lespontès entre 2007 et 2015.

Ceci est confirmé par les mesures entre 2013 et 2016 de l’eau extraite des trois forages alimentant l’usine d’EDCH d’Orist. Nous avons démontré par ailleurs que la communication entre le Lespontès et le forage F3 est rapide. Pas de baisse détectable dans les forages, donc pas d’impact d’EauRist et la qualité des captages, comme le démontre les trois figures des 3 captages d’Orist..

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 Discussion

Seul l’impact sur le ruisseau le Lespontès est étudié. Or, ce n’est pas lui qui alimente l’usine de potabilisation d’Orist. Il est nécessaire qu´une étude soit engagée. Cette étude se fera au travers de la détermination de l’AAC (Aire d’Alimentation des Captages) d’Orist.

Nous montrons que le travail de réduction des pesticides effectué par les agriculteurs en collaboration avec les fournisseurs d’herbicides et la chambre d’agriculture est dans le droit fil du plan EcoPhyto lancé par les institutions nationales. Nous ne constatons aucune baisse visible de la quantité de pesticide. Bien au contraire, puisque la consommation de 2014 de S-Métolachlore est supérieure à celle de 2012. De plus, il semblerait que des transferts vers d´autres produits potentiellement aussi dangereux soient faits, ce qui augmente encore la pression globale sur les champs captants d’Orist. Ce qui est grave, c’est que l’on tente de nous faire croire qu’il y a une réussite du plan d’action. En d’autres circonstances, on appellerait cela de la manipulation.

A la vue de la présente étude, si les études sur la détermination des AAC d’Orist, de Saint Gein, de Pujo le Plan, et d’autres qui devront suivre, comportent les mêmes acteurs, nous pouvons légitimement nous poser des questions sur leur sérieux.

Tout ceci confirme la position des Amis de la Terre. Il faut, et de toute urgence, arrêter l’utilisation des pesticides en agriculture au moins sur les champs captants. Ceci avec une aide importante et adaptée envers les agriculteurs concernés, qui seuls ne pourront mettre en œuvre une agriculture biologique dans leur environnement professionnel actuel. Cette dernière affirmation est largement démontrée par l’échec pattant de l’action EauRist pilotée par les fournisseurs de pesticides et la chambre d’Agriculture des Landes.


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