Commerces : Penser global appliquer local

mercredi 13 juillet 2016
par  Maitre de la toile
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 Penser global appliquer local

Nous sommes en transition. Le terme est mis à toutes les sauces, mais il convient de bien préciser ce que nous entendons par là. La transition énergétique nous fait passer d’une civilisation où l’énergie est abondante et bon marché à une énergie rare et chère. Cette énergie a déclenché un changement climatique. De cette double conjonction naît une civilisation nouvelle, qui sera économe de tout, et parcimonieuse. Il est évident que la forme la plus ostentatoire de la civilisation de la consommation a vécu. Nous assistons d’ores et déjà à un déplacement de la consommation vers les circuits courts, les productions plus qualitatives et durables (nourriture bio, produits durables…).

Dans ce contexte, il est étonnant que nos politiques locaux poussent à la création de nouveaux hypermarché. Ces structures demeurent l’un des emblèmes de cette vieille civilisation qui vit aujourd’hui ses derniers soubresauts. Les vieilles idées dépassées ont souvent bonne presse chez eux.

La CCI des Landes dans une série d ’études annonçait que notre département manquait de 20 % de surfaces commerciales. Il y avait près de Pau, de Bayonne, ou de Parentis une fuite de la consommation. Or un doublement des surfaces commerciales est autorisée ou en cours d’autorisation. Trois facteurs principaux en sont la cause.

  • La mise en place de nouvelles lois libéralisant l’initiative entrepreneuriale,
  • L’obsession de la création d’emplois importants et voyants chez nos politiques,
  • La volonté d’un groupe de distribution d’être présent sur un secteur délaissé. Une conférence de la CCI de Bayonne avec Pascal MADRY éclaire bien le sujet [1]. Elle a eu lieu en 2012, alors que les installations d’IKEA et des allées Shopping d’Ondres faisaient débat du côté de Bayonne.

 Les nouvelles règles d’autorisation

La création de la CDAC (Commission Départementale d’Aménagement Commerciale) [2], se substituant à la CDEC (Commission Départementale d’Équipement commercial) [3] a ouvert une boite de Pandore. La limite d’autorisation pour la création ou l’extension d’une surface commerciale passe de 300 m2 à 1000 m2, mais surtout la composante économique de l’infrastructure proposée ne peut être prise en compte dans le processus d’autorisation. Les critères évalués sont :

  • d’aménagement du territoire :
  • l’effet sur l’animation de la vie urbaine, rurale et de montagne
  • l’effet du projet sur les flux de transport
  • les effets découlant des procédures prévues aux articles L. 303-1 du Code de la construction et de l’habitation et L. 123-11 du Code de l’urbanisme
  • de développement durable :
  • la qualité environnementale du projet
  • son insertion dans les réseaux de transports collectifs. Cette évolution plus qu’ultralibérale donne des résultats très étonnants [4]. Pour les Landes, la figure 1 issue des données de la CCI donne pour les Landes l’évolution autorisée.
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Figure 1 : Surfaces autorisées versus surfaces possibles source CCI Landes

La CCI déplore que la totalité des surfaces autorisées sur Dax, Macs, et le Seignanx, voir Mont de Marsan dans un cas, soit disproportionnée, et ne peut conduire qu’à des fermetures, et des friches commerciales. A titre d’exemple, sur Macs, 41 000 m2 sont autorisés à la construction pour 6 à 7 000 m2 nécessaires. Or l’extension et déplacement du seul Intermarché de Soorts Hossegor sature le besoin de la zone de Chalandise de MACS au delà de 2018. Il est prévu en outre le déplacement et l’agrandissement du Leclerc de Capbreton. Ce projet est du reste bloqué par les Amis de la Terre, sa construction du complexe étant prévu sur une zone environnementale strictement protégée. Détail dont la CDAC n’a pas tenu compte... Et que dire de l’implantation des allées Shopping d’Ondres (groupe Auchan), dénoncée aussi par la CCI de Bayonne, ou celle de l’installation du même groupe sur le désert d’Atlantisud à Saint Geours de Maremne.

 Le comportement des politiques

Un certain nombre de nos élus, dans les Landes comme ailleurs, ont une obsession, leur ré-élection. Bien entendu, nous ne parlons pas ici de la grande majorité des ’ petits élus ’ : maires et conseillés municipaux de petites communes, et autres élus par conviction. Pour eux le pouvoir serait plutôt un sacerdoce, et nous saluons fortement leur abnégation.

La ré-élection impose de ’ faire ’, et surtout que ce soit visible et rapide. Dans une période de chômage fort, et durable, la création d’emplois devient vitale. Malheureusement, la plupart de nos politiques ont été formés dans les trente glorieuses. Une époque de croissance perpétuelle dans un monde aux ressources infinies. Leur vision du monde est obsolète, en ont ils conscience ? Ils suivent les modes, mettent de l’environnement partout dans leurs paroles, mais leurs actes demeurent ancrés dans des pratiques du passé. Pour eux, l’emploi passe, encore, par les grandes et hyper surfaces commerciales. Elles créaient rapidement des emplois très concentrés, donc visibles, c’est propre, clinquant. Ils oublient la lente décroissance du petit commerce, et la suppression importante d’emplois de services qualifiés au profit d’emplois sous qualifiés, souvent à temps partiels, temporaires, avec de fortes rotations. Ils oublient la nécessité de déplacements importants en voiture pour une population vieillissante, l’utilisation de carburant de plus en plus cher et polluant. Ils oublient les circuits d’approvisionnement mondialisés (fruits et légumes d’Espagne ou d’Afrique, poisson du Chili, porcs chinois ou d’Europe de l’Est, habillement du sud est asiatique... ). Le tout produit par une main d’œuvre sous payée, sans cotisation sociale. Ce commerce détruit la richesse locale et paupérise les clients finaux. Ils ne le voient pas car ils demeurent dans le court terme, leur ré-élection.

Le politique va chercher à favoriser la création de surfaces commerciales. Il sera aidé en cela par d’autres opérateurs. L’entrepreneur du BTP, la banque. En effet, la rentabilité locative d’une surface commerciale est plus intéressante que celle d’un appartement. Dans les nouveaux immeubles urbains, un appartement en rez de chaussé n’est pas attractif, alors qu’un commerce, par sa devanture véhicule une image de rue plus agréable. Ceci n’est valable que dans les rues ou voies passantes.

 Être présent partout ou mourir

Les études de la CCI permettent d’avoir un panorama de longue durée. Le pouvoir d’achat des ménages baisse, les chiffres d’affaires des super et hyper aussi. C’est le résultat combiné de la conjoncture par la paupérisation lente mais continue des citoyens (baisse des revenus salariaux, des retraites), mais aussi la croissance du taux des ménages mono-parentaux, ou constitués de personnes seules. En général, à revenu égal, deux personnes seules (deux ménages) ont un pouvoir d’achat global plus faible que ces deux personnes constituant un seul ménage (effet de groupe).

Les centre-villes de Dax et Mont de Marsan ont une fréquentation en baisse, conséquence cumulée avec les implantations de grandes surfaces en périphérie.

En première lecture des études, il semble se dégager une impression de deux poids deux mesures. La CCI approuve clairement l’extension dacquoise du grand Mail (Leclerc), ou le grand Moun (transfert du Leclerc) de Mont de Marsan, et l’impact sur le petit commerce de centre ville et l’emploi y est déclaré comme peu important. Les petits commerçants sont représentés à la CCI. Le président est même un des leurs, mais il est aussi le responsable de l’infrastructure du grand Mail de l’agglomération dacquoise. Avons nous ici la même chose qu’en agriculture, où le principal syndicat est entre les mains des grands céréaliers ?

Il nous semble que le document de la CCI présente une certaine empathie pour les grandes surfaces commerciales existantes, et une franche opposition, que nous pensons justifiée, pour les deux projets du groupe ’ Auchan ’. Ce groupe n’est pas implanté dans les Landes ou dans le Pays Basque. Il est peut être stratégiquement important pour ce groupe de s’installer dans une zone de croissance faible, mais existante. Il est peut être aussi stratégiquement important pour les concurrents (Leclerc, Carrefour, Intermarché …) d’éviter trop de concurrence.

Dans un contexte de réduction globale du besoin, et de réalisations inutiles, certaines grandes structures commerciales landaises pourraient disparaître. Au national comme au local, seules les plus grosses, les plus attractives demeureront. Être plus gros, c’est peser davantage sur les fournisseurs. Être plus récent, c’est être plus attractif pour le client. La loi de la jungle, celle du plus fort, celle qui résume la vie à une course dont un seul est le gagnant, ne serait elle pas l’idéologie des grand groupes de distribution d’une société ultralibérale moribonde ? Dans les Landes, cela semble s’appliquer.



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