Désensablement du lac d’Hossegor Conclusions des AT

mardi 15 septembre 2015
par  Maitre de la toile
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Un projet de désensablement du lac d’Hossegor a été porté à la connaissance des Amis de la Terre. Des réunions dites ’ de concertation ’ ont été organisées par le porteur du projet : le SIVOM avec l’appui de l’IDRA. Les Amis de la Terre ont participé dans la mesure de leurs possibilités à ces travaux. Voici les conclusions de notre association.

Tout d’abord, nous ne partageons pas la définition du SIVOM en ce qui concerne la concertation. Nous faisons nôtres les définitions du TLF [1], et du Larousse :

  • TLF CNRS : Action de se concerter. …/...Mode d’administration ou de gou­vernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences... /...
  • Larousse : S’accorder, se consulter pour mettre au point un projet commun. Nous avons été mis en présence d’un projet défini, qui ne pou­vait être modifié qu’à la marge. Les Amis de la Terre ne possédaient aucune information, ni formation sur cette problématique spécifique. En conséquence, nous avons été mis dans l’obligation d’apprendre et connaître la problématique, alors que, dans le même temps, on nous demandait de valider un projet pré-établi. Le tout dans une urgence incompatible avec le temps nécessaire. Les Amis de la Terre pensent ne pas avoir été conviés à une concertation mais à un processus de validation voire d’amélioration d’un projet prédéfini en dehors de nous.

Il a fallu demander avec insistance la communication de plusieurs documents, que nous avons étudiés. Nous avons découvert que d’autres in­formations et documents importants nous ont été cachés, à moins qu’ils aient été ignorés du porteur de projet. Nous n’entrerons pas dans une polémique stérile concernant ce dernier fait, nous laisse­rons au porteur du projet le bénéfice du doute lié à l’urgence dans laquelle le projet semble lui avoir été imposé.

Nous n’avons reçu aucun compte-rendu ni relevé de conclusions pour les réunions aux­quelles nous avons été conviés. Devons nous en conclure que notre avis était marginal, sans la moindre importance ? A moins que le porteur de projet ne considère que l’infor­mation une fois donnée est validée par tous. Quel rôle nous assigne-t-on, n’est il seule­ment que de valider par notre présence un projet modifiable seulement à la marge ?

Il est vrai que nous avons été placés dans une situation où au départ nous ne savions rien. Puis des questions sont venues, et nous avons dû en général trouver les réponses par nous-mêmes. Maintenant que nous pourrions donner un avis circonstancié, il est trop tard.

Toutefois, il nous semble que nos élus n’étaient pas toujours très au fait des études sur lesquelles ils prétendaient s’appuyer, comme par exemple de l’étude Rivages. Tout comme ils semblaient totalement ignorer les nombreuses études de l’Ifremer, ou l’arrêté préfectoral qualifiant les zones de productions de coquillages du lac.

  Pollutions

Les Amis de la Terre ont des doutes sur la dangerosité des sédiments, malgré l’affirma­tion répétée de leur innocuité par l’IDRA. Plusieurs documents publics indiquent que la qualité des eaux de baignade du lac est déclassée non pas à cause de la qualité des masses d’eau mais de la pollution des sédiments. Certains polluants de la classe des TBT, et des HAP seraient au-dessus de normes admises, mais il y aurait aussi la présence si­gnificative de dérivés de cadmium, et de PCB... La non communication de ces données pourrait être considérée soit comme une preuve d’incompétence soit comme une volonté de cacher des choses.

Des études que nous avons pu nous procurer, il ressort de nombreuses interrogations. La qualité des sédiments est en général étudiée sur 1 à 5 cm. En effet, les études semblent porter sur la qualité des eaux de baignade, ou des coquillages filtreurs (élevages d’huîtres). Ceci implique préférentiellement les couches superficielles directement en contact avec les eaux. Les mécanismes d’échanges avec les sédiments profonds, le stockage et la nature sédimentaire en profondeur ne semblent pas évalués. Le dragage se fera sur des profondeurs conséquentes, qu’en est il des couches profondes comprises entre la surface et 1 à 2 m ?

Tout dragage implique un risque important de relâchement dans le milieu de polluants piégés dans les sédiments.

Nous avons également découverts que chaque années des baisses de qualité des eaux, voire l’interdiction de la baignade ou de la consommation des huîtres ont été effectives. Ces détériorations sont dues à la présence temporaire d’Escherichia Coli, de novovirus. Cette présence semble être plus fréquente sur deux des plages du lac. Elle met en cause l’assainissement.

Un arrêté du préfet des Landes en date du 13/12/2010 définit la classification du lac d’Hossegor comme zone de production des coquillages [2]. Cet arrêté semble toujours en vigueur. Il porte sur les règles de commercialisation des coquillages produits (élevés) dans le lac. Il ressort que :

    • Pour les coquillages filtreurs définis au groupe 3 (exemple huîtres), le lac est classé en zone B
    • Pour les coquillages fouisseurs définis au groupe 2 (exemple palourdes), le lac est classé en zone D

L’arrêté rappelle que les productions de zone B ne peuvent être commercialisés en vue de la consommation humaine qu’après passage en purification (reparcage, ou bassin de purification) pendant un temps suffisant.

L’arrêté rappelle que les productions de zone D ne peuvent en aucun cas être commer­cialisées en vue de la consommation humaine.

Cet arrêté ne s’intéresse pas au ramassage des coquillages sauvages pour la consom­mation humaine. Gageons que la qualité de ces coquillages est de même nature que les coquillages issus de l’élevage. Une information publique serait obligatoire.

La pollution de la masse d’eau issue des sédiments, et la présence de germes patho­gènes (en période estivale, ou hivernale), nous conduisent à réaffirmer que notre priorité est la dé­pollution.

 Connaissance du lac

Les Amis de la Terre savent que le lac s’ensable et s’envase progressivement, c’est dans l’ordre naturel des choses. Nous comprenons qu’il puisse y avoir un besoin de réduire les quantités de sable présentes dans le lac. Que ces raisons soient d’ordre économiques, nous le convenons, mais cela reste à démontrer. Par contre, rien ne nous démontre qu’elles soient d’ordre environnemental, et nous en doutons fortement.

Désensabler ou pas est un choix politique. Nous n’interviendrons pas sur ce choix qui n’est pas de notre ressort, mais nous veillerons à ce que cette décision soit correctement expliquée, et ses conséquences étudiées au mieux. Nous ne nous opposerons à ce choix politique que dans la mesure où nous aurons le sentiment que la solution retenue (dragage ou non dragage) ne semble pas compatible avec la protection de l’environnement, ou si les implications financières sont incompatibles avec les ressources disponibles.

Le lac est en équilibre précaire, et des études que nous venons de découvrir semblent confirmer la complexité de la réaction du milieu face aux modifications humaines. Par exemple, une étude rapportée par la DDE montre qu’il y aurait eu une incidence de la réalisation du musoir Nord de la passe du port de Capbreton sur la courantologie du lac, et de la détérioration de certains de ses perrés de la rive Est.

Le plus grand flou existe sur les conséquences de la présence du seuil. Il en est de même de sa côte. Nous avons constaté 4 côtes officielles du seuil plus une de la SPSH. Ceci n’est pas de nature à réduire le sentiment d’amateurisme de certaines conclusions ou actions proposées.

Les Amis de la Terre n’ont toujours pas cerné les raisons profondes qui ont amené le SIVOM à proposer le projet exposé par l’IDRA.

Plus nous avançons dans la connaissance de ce dossier, plus le problème nous paraît non pas compliqué, mais complexe.

Les Amis de la Terre ont rapidement compris que le projet proposé par le SIVOM et l’IDRA n’était pas réaliste. Il laisse une impression de construction à la hâte sur des bases non scientifiques, en désaccord avec les propositions de l’étude Rivages, ou de la DDE entre autre. Il semble reproduire un dragage effectué en 1992, que l’étude Rivages qualifie de ’ brutal ’. La SPSH a produit des données intéressantes sur cette opération de 1992, et ses consé­quences.

Toutes ces considérations nous conduisent à nous opposer à ce projet. Il est vraisem­blable que plusieurs autres lacunes ou erreurs empêcheront l’aboutissement de ce projet SIVOM/IDRA.

Une réunion inter associative a eu lieu. La SPSH nous a proposé une solution alternative, avec un dragage moins traumatisant. Nous sommes arrivés à un compromis. Mais de­puis, notre connaissance du dossier s’est enrichie de nouvelles pièces, que nous n’avons pas totalement exploitées à ce jour. Si nous souscrivons à la tendance d’un désensable­ment beaucoup plus réduit, s’il s’avère nécessaire, nous émettons maintenant des doutes sur l’utilisation de ces sables qui pourraient être considérés comme des déchets au re­gard de la présence de certains polluants. A la lumière d’informations découvertes de­puis, nous souhaiterions que la proposition de la SPSH soit encore modifiée en réduisant la quantité de sable extraite annuellement sur une base de 50 000 m3 conformément à la préconisation des études Rivages. Nous demandons également que les indications de polluants présents dans les sédiments soient vérifiées et quantifiées, sur un maillage plus resserré. Certes ceci à un coût, mais ce coût est un risque plus faible que les conséquences d’une répétition de 1992, dans un moment où l’industrie touristique est dans une situa­tion délicate.

 Conclusions

Pour la procédure suivie

Il est grand temps que la puissance politique comprenne que le rôle des associations en­vironnementales est important. Certes nous n’avons pas la science infuse, mais nous avons des capacités de compréhension et d’analyse. De plus, Internet nous permet d’ac­céder à une masse d’informations importantes et vérifiables. Certains politiques semblent ne pas avoir pris conscience de cette dernière évolution, et semblent être restés bloqués à l’époque d’avant l’informatique, celle du courrier papier, et du téléphone.

Les Amis de la Terre regrettent fortement ces attitudes qui confinent au mépris, à la peur d’un unique pouvoir de nuisance attribué aux associations. Alors que notre volonté est, au contraire, d’aider au développement de projets compatibles avec la protection d’un environnement toujours plus menacé, ceci dans le cadre du nouveau paradigme de la société humaine émergente.

Pour le problème du dragage du lac

L’histoire nous apprend que le lac d’Hossegor est une structure en équilibre fragile, et complexe. Toute modification brutale peut se révéler propice à de forts dérèglements.

Pour les Amis de la Terre, la volonté affirmée d’aboutir rapidement à marche forcée nous semble être le plus sûr moyen de faire échouer le dragage, qui, rappelons-le, n’est pas notre priorité. L’arrêt des pollutions, certes engagé, demeure notre priorité.

Ce dragage, quel qu’il soit, est du reste difficilement compatible avec les contraintes de la ZNIEFF, et de la loi littoral.

En ce qui concerne le dragage, les Amis de la Terre demandent l’arrêt du projet SI­VOM/ IDRA proposé, ce qui semblerait acté.

Les Amis de la Terre demandent la remise à plat du dossier dans son ensemble. Les Amis de la Terre demandent également, sur les bases de la proposition de la SPSH par exemple, que de nouvelles études soient engagées, concernant au moins :

  • L’utilité réelle ou supposée d’un dragage, et de sa procédure.
  • La courantologie du lac.
  • La cinétique du dépôt des sables et autres sédiments.
  • Les impacts des solutions de dragage sur l’équilibre de la vie globale du lac
  • La composition des sédiments et leurs possibilités d’utilisations Les Amis de la Terre préconisent, si les dragages sont vraiment nécessaires, qu’ils soient faits par petites touches, sur plusieurs années, conformément aux propositions de Rivages qui devront être réétudiées. Ceci, avec un modèle validé sur un plus grand nombre bathymétries qui semblent exister, mais validé également avec le couplage des hauteurs de seuils effectives cor­respondant à ces bathymétries (y compris avant sa création). Il faut prendre le temps de bien faire les choses, évi­tons de renouveler les catastrophes passées.

Conclusions des Amis de la Terre en date du 15/09/2015.



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