La méthanisation

samedi 20 juin 2015
par  Maitre de la toile
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 Propos liminaires

L’objet de cet article n’est pas de donner un cours exhaustif sur la méthanisation, mais plutôt de replacer ce nouveau système de production d’énergie, à la mode, dans son contexte. Nous tenterons de définir cette technique, d’en déterminer l’intérêt, mais aussi les limites et les pièges. De nombreuses références données sont essentiellement issues de l’ADEME.

 L’enjeu

Nous parlons des déchets organiques. Ils sont en général issus de la production agricole qui génère une quantité importante de déchets. Ces déchets ont deux origines :

  • Le déchet classique
  • Le produit déclassé ou rejeté Le déchet classique comprend tout ce qui résulte de la transformation du produit (éplu­chures, fanes, produits abîmés, lisiers et fumiers d’élevage, rejets d’abattoirs, graisses organiques, plumes et poils...

Le déchet périmé ou rejeté comprend tout ce qui est perdu, mais qui aurait pu être consommé. A chaque étape de la vie du produit alimentaire pour l’humain, on considère que 30 % de la production est rejeté.

  • Chez l’agriculteur : Les carottes tordues qui restent sur les champs...
  • Dans l’agro-transformation et la distribution : les volailles griffées ou mâchées rejetées, les produits en fin de DLC (Date limite de Commer­cialisation) chez votre distributeur.
  • Chez les particuliers et dans la restauration : les déchets de préparation des plats, les restes après les repas. La classification n’est pas évidente, l’ADEME introduit la notion de biodéchet. Elle est définie dans le tableau ci-dessous.
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Tableau 1 : Biodéchets et déchets bio source ADEME

Nous verrons plus loin que la plupart de ces déchets est méthanisable. Lorsqu’ils ne le sont pas, ils sont compostable, et vice versa.

La gestion des déchets est de la responsabilité des producteurs. Les incinérateurs reçoivent une bonne part de ces produits, pour les détruire par le feu. Nous ne revien­drons pas sur cette dernière technologie qui semble une solution simple, mais qui en fait est, avec la décharge, une des plus mauvaises solutions de traitement des déchets.

Avec la transition énergétique, tout un chacun prend conscience que ce gaspillage de ressources et d’énergie n’est plus de mise. L’ADEME a produit un ensemble de documents intéressants [1]

Le Plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote (EMAA) prévoit la création de 1 000 méthaniseurs à la ferme à l’horizon 2020, contre 90 à fin 2012. [2]. Ce ne sera qu’une partie, importante certes, des installations crées.

 Retour vers un cercle vertueux

Comme se plaît à le dire le couple BOURGUIGNON [3] , il faut remettre du carbone dans les sols. L’industrialisation de l’agriculture a conduit à nier le rôle primordial de la terre dans la production de biomasse. Dans ces technologies, le sol est considéré comme un support mort, auquel on ajoute tous les éléments nécessaires à la vie. La mécanisation de plus en plus poussée consomme toujours davantage de pétrole. Les agriculteurs sont obligés d’introduire des pesticides pour tuer les ravageurs, des herbicides pour éliminer les mauvaises herbes, des fongicides etc... Tout ceci vient du pétrole, et l’agrochimie [4]. Les paysans sont devenus agriculteurs managers de PME, d’autres diront qu’ils sont re­devenus métayers, au service de l’agro-business.

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Le cercle vertueux en agriculture

Figure 1 :

Nous commençons à percevoir la fin de ce système. Les rende­ments ne progressent pas, voir régressent, certains sols deviennent stériles, les animaux d ‘élevages intensifs, davantage sujets aux maladies, sont régulièrement sous antibio­tique et autres produits, sont à l’origine de mutations de virus communs à l’humain [5]. Le pétrole va manquer, et son prix ne fera que croître. Quand à l’impact sur les humains...

Par réaction, le consommateur réclame maintenant des produits bio. Dans le bio, plus de traitements de synthèse, plus d’engrais chimique et de moins en moins de carburant pour travailler les sols. Par contre, le paysan devenant agronome doit apporter au sol de quoi le maintenir en vie mais aussi le garder dans sa meilleure forme. C’est ici qu’inter­vient le cercle vertueux -Figure 1-.

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Figure 2 : Le cycle de la méthanisation

Ce cercle vertueux associe plusieurs phénomènes interactifs :

  • Le sol nourrisseur milieu complexe et vivant
  • Le soleil permet la photosynthèse transformant le CO2 en carbone et en oxygène
  • La pluie permettant le cycle de l’eau, vecteur et matrice.
  • La plante produit la graine qui permet la repro­duction et l’humus qui per­met la recharge du sol en élé­ments nutritifs. C’est ce cercle vertueux qui permet l’équilibre des sols. Le sol reçoit tout, c’est un lieu de stockage et de transformation, le système racinaire complet (agroforesterie) empêche la perte des éléments nutritifs vers les nappes phréatiques. Les vers de terre, qui représentent la masse principale du vi­vant sur terre, mélangent et aèrent sans arrêt le sol.

 La place de la méthanisation

En milieu naturel, la biomasse pro­duite par le sol est utilisée et transfor­mée par un grand nombre d’acteurs plus ou moins prédateurs. Ils parti­cipent à l’équilibre global du sys­tème. La méthanisation intervient dans le recyclage des déchets. Elle s’intègre dans le recyclage de la bio­masse pro­duite. Elle nécessite une concentration des déchets non natu­relle. Elle peut s’intégrer dans le cercle vertueux, à condition qu’elle ne s’occupe que de déchets vrais [6].

Le piège dans lequel il ne faut surtout pas tomber consiste à donner comme objectif principal à la méthanisation la production énergétique. Nous sortons du cercle ver­tueux, et nous détournons des ali­ments ou des terres cultivables (forêts, prairies et champs) de leur rôle premier : la pro­duction de nourriture, ou de biomasse en appauvrissant le sol. La -Figure 3- donne une représentation gouvernementale de la méthanisation. Une solution par les grands systèmes de production typique d’une vision technocratique, ou fantasmagorique [7].

La méthanisation doit conserver comme objectif principal le traitement des déchets organiques écologiquement efficace, et économiquement possible. On ne doit pas lui donner comme objectif principal la production d ‘énergie, comme en Allemagne ou ailleurs.

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Figure 3 : Mauvaise approche idéaliste et technocratique de la méthanisation

 la méthanisation

 Les bactéries

Il existe sur le net de nombreuses publications concernant la méthanisation. Pour ceux qui souhaitent un dossier assez complet du principe, nous vous conseillons le site dédié du Laboratoire de Biotechnologie de l’Environnement, INRA de Narbonne [8] . Ce site est clair et fort bien fait pour ce qui est de la théorie du système. L’objet de la méthanisation est de transformer de la biomasse carbonée (plantes, feuilles, déchets d’abattoir, restes de re­pas, graines) essentiellement en méthane (50 à 70%), gaz carbonique, digestat (résidu épendable fertilisant des sols partiellement transformable en compost)... La méthanisation ne peut pas traiter les parties ligneuses de la biomasse (branchages). Le processus est relativement long et compliqué, mais c’est une opération me­née par des bactéries totalement naturelles. Ces enzymes et bactéries se nourrissent du matériau en le transformant progressivement. Ceci se fait hors de la présence d’oxygène, on dit que c’est une réaction anaérobie. La réaction se fait sur plusieurs plages de températures. Les digesteurs ou fermenteurs, doivent être chauffés. On considère que 20 % à 35 % de l’énergie produite doit être consommée par le maintien en température du ou des digesteurs. On parle d’un système endothermique.

Il existe deux procédures, qui donnent des résultats légèrement différents. Plusieurs étapes successives sont nécessaires.

Ces réactions sont connues depuis la nuit des temps. C’est par exemple l’attraction touristique qui consiste à faire ’ brûler l’eau ’ dans les canaux des marais de la Venise verte. La méthanisation nécessite des installations conséquentes, pour permettre un meilleur travail des micro-organismes défini -Figure 4- :

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Figure 4 : Les étapes et les acteurs de la méthanisation source INRA Narbonne

Il ne faut pas confondre la méthanisation et le compostage. Le compostage suit la même voie, mais les micro-organismes qui en sont responsables ont besoin d’oxygène. C’est pour cela qu’il faut brasser son tas de compost, cela permet de l’aérer, donc introduire de l’oxygène au cœur du tas. On parle de transformation aérobie. Le compostage est exothermique, la réaction dégage de l’énergie sous forme de chaleur. Le compostage dégage du gaz carbonique, mais pas de méthane. Le compostage permet le traitement des branchages (produits ligneux), mais il faut éviter les produits carnés (ils sont compostables, mais attirent certains animaux). Le compostage peut être réalisé chez soi sans grand matériel, ou à grande échelle dans les déchetteries. Dans ce dernier cas, le volume important nécessite du matériel pour effectuer plusieurs brassages, par retournement de l’andain posé à même le sol.

Les deux processus sont discontinus, plusieurs étapes successives sont nécessaires. A chaque étape ses propres bactéries spécialisées. Mais la technologie permet de rendre le processus continu.

 La structure de l’installation de méthanisation.

A l’opposé du compostage, qui ne nécessite qu’une boite pour les particuliers, ou de l’espace pour les grosses structures, la méthanisation nécessite une installation particulière. Pour fonctionner, ces installations imposent un approvisionnement minimum de déchets qui peuvent être d’origines diverses.

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Figure 5 : Schéma d’une installation agricole source ADEME

La -Figure 5-, représente l’unité de méthanisation d’une structure agricole [9]. Sur la base de cette figure, nous pouvons observer la différence avec un compostage.

L’installation classique comprend en général deux structures étanches. Le deuxième stockage permet une maturation plus complète, avec une production supplémentaire de l’ordre de 20 % de biogaz, et le captage de l’ammoniac produite en fin de digestion. La durée du traitement est comprise entre 40 et 60 jours [10].

Le minimum de non fermentescible doit entrer dans le digesteur.

Si la structure proprement dite de l’outil de méthanisation est à peu près constante quelle que soit l’objectif de production défini, les structures amont et aval peuvent varier considérablement.

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Figure 6 : Schéma d’un digesteur type voie liquide ou mésophile

Le digesteur mésophile (voie liquide) -Figure 6- est le cœur du problème, mais pas forcément l’origine des ennuis de l’installation. Il existe d’autres systèmes moins répandus comme celui à piston -Figure 7- pour des voies solides. Ce dernier est souvent couplé à un deuxième digesteur classique, assure une meilleure régulation du débit en calibrant les flux entrants et la sortants.

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Figure 7 : Digesteur à piston

Des évolutions notables sont vraisemblables.

Nous pouvons passer de la proposition figure 5 qui est une structure de ferme à une structure locale plus importante -Figure 8-. Dans ce cas, l’unité de production nécessite des moyens de transports et de traitement (broyage, tri, humidification...), qui peuvent atténuer le principe d’amélioration de l’environnement. Nous sommes ici dans le cas d’un système lié aux ordures ménagères. Le Sydeme [11] installe un ensemble de traitement par méthanisation en lieu et place d’un gros incinérateur. L’unité de méthanisation traite des ordures ménagères. La collecte et la qualité du tri deviennent des problèmes importants.

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Figure 8 : Amont et Aval d’une grosse installation centralisée source Sydeme

Plusieurs exemples d’installations sont donnés par l’ADEME, le lecteur pourra s’y référer avec intérêt pour se forger sa propre idée [12]. Les principaux axes demeurent les déchets de la ferme, le recyclage des ordures fermentescibles, et les déchets de l’IAA. Bien entendu, rien n’empêche d’imaginer un mix de ces solutions.

Il existe dans certains pays, comme l’Allemagne, une dérive. Elle consiste à transformer la production agricole en énergie. Le blé, le maïs ne sont cultivés que pour produire de l’électricité, ou de l’énergie. Il en est de même avec des fermes de type 1000 vaches. Elles peuvent, avec le renchérissement du coût de l’énergie, changer d’objectif, et avoir pour finalité principale la production d’énergie. Le lait, la viande n’étant que des sous produits annexes. La méthanisation n’est plus un recyclage de déchet, mais un outil de production de gaz ou d’électricité. Dans ce cas, nous pouvons douter de l’intérêt de ce système de production d‘énergie, qui comme les agrocarburants ne peut pas posséder un rendement positif. Il consomme plus d’énergie qu’il n’en produit.

 L’intrant

L’intrant est souvent un mélange de déchets organiques. La méthanisation permet de recycler une palette plus grande que le compostage. Si les intrants comprennent des parties ligneuses, elles se retrouveront à la sortie. l’intrant ne doit pas non plus contenir de non fermentescible, ils stratifient au fond des cuves. Toutes les matières organiques n’ont pas le même pouvoir de méthanisation. Ce pouvoir est donné -Figure 9- [13].

Les lisiers permettent d’introduire des bactéries fraîches, au même titre que les fumiers. N’oublions pas la différence entre un lisier et un fumier. Le lisier est la déjection brute de l’animal, il comprend les matières fécales, l’urine, plus l’eau de nettoyage. Le fumier est un mélange de lisier et de litière. Dans sa formulation, l ’intrant a une grande importance sur le fonctionnement du digesteur. Le pilotage de l’installation doit favoriser une constance dans les proportions des divers composants de l’intrant, et un mélange très homogène de ceux-ci. D’où la nécessité de disposer de cuves de stockage pour palier les saisonnalités, atténuer les variations de production.

Il est conseillé de pasteuriser l’intrant pour détruire les germes pathogènes, les principes actifs médicamenteux.

L’ADEME préconise l’ajout de cultures énergétiques [14].

Il existe deux types de cultures. Les cultures alimentaires que nous réprouvons et les CIVE (Culture Intermédiaire à Vocation Énergétique). Elles permettent un couvert végétal entre deux cultures. Elles empêchent le lessivage des sols, permettent l’abri faunistique. L’étude présentée démontre le besoin d’expérimenter davantage.

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Figure 9 : Pouvoir de méthanisation

En dehors de la composition, on considère deux formes d’Intrants :

  • L’intrant liquide, le plus fréquent, il contient moins de 15 % de matières solides (dilutions à l’eau)
  • L’intrant solide, il contient entre 15 et 40 % de matières solides (dilution à l’eau et broyage), plutôt destiné au traitement des ordures ménagères par exemple. La voie liquide, plus facile à mettre en œuvre, est la plus répandue, surtout dans les installations agricoles. Elle donne un digestat très liquide, difficile à composter techniquement et économiquement. Mais c’est elle qui produit le plus de gaz. Par contre, si la voie sèche produit moins de gaz, sa température de processus donne un cycle plus court, avec une meilleure destruction des agents pathogènes et des antibiotiques, et autres produits qui pourraient polluer et inhiber le cycle naturel du digestat dans les champs.

La -Figure 10- donne les principales différences des deux champs de température :

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Figure 10 : Effet de la température

L’origine des déchets est classée en quatre familles :

  • Effluents d’élevages (déchets agricoles)
  • Déchets végétaux (déchets agricoles et IAA Industrie Agroalimentaire)
  • Boues de station d’épuration [15]
  • Déchets organiques des collectivités Les poubelles des ménages nécessitent un travail important de tri en amont.

 Les effluents

Deux flux sortent de la méthanisation :

  • Le Biogaz
  • Le digestat Ces deux effluents peuvent être utilisés tels quels, mais des étapes de transformation peuvent être souhaitables.

 Le Biogaz

Le biogaz est un mélange de différents gaz :

  • Du méthane 50 à 70 %
  • Du CO2 20 à 50 %
  • De la vapeur d’eau à saturation
  • Diverses traces de gaz (ammoniac NH3, azote N2, hydrogène sulfureux H2S) L’azote et l’ammoniac sont des fertilisants, l’eau, et surtout le sulfure d’hydrogène ont un bon pouvoir corrosif.

Le biogaz ne peut être utilisé tel quel dans des moteurs thermiques, ou des turbines. Il doit être auparavant épuré un minimum. Il faut enlever au moins l’eau et l’H2S. On pratiquera de la cogénération. L’énergie thermique (fatale) est récupérée pour participer au chauffage des digesteurs, ou (et) d’autres modes de chauffages (locaux , bâtiments industriels, eau sanitaire...). La transformation de biogaz en énergie donne approximativement :

  • 35 % d’électricité
  • 50 % de chaleur fatale récupérée. Le rendement global est donc de 85 % au mieux, et seulement 35 % si nous ne valorisons que l’électricité. Au moins 20 à 30 % de cette énergie est utilisée pour faire fonctionner les digesteurs.
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Figure 11 : Rendement énergétique comparé

Il est possible de l’utiliser en chaleur pure (combustion), ou de l’injecter dans le réseau de gaz naturel, mais l’installation doit se trouver proche d’un gazoduc. Dans ce dernier cas, il doit être mieux purifié pour atteindre une proportion de 97 % de méthane. En plus de l’épuration pour la production électrique, il faut enlever les traces d’oxygène, et le gaz carbonique. On peut aussi l’utiliser comme carburant. L’utilisation de ce type de carburant est pratique dans des flottes captives.

Le pouvoir énergétique du biogaz dépend de l’épuration. Le méthane possède les valeurs relatives équivalentes données -Figure 11-.

Le traitement du biogaz implique des équipements spécifiques qui consomment à leur tour de l’électricité, de l’eau... et donne des rejets de déchets (H2S, NH3, ou CO2).

Le biogaz une fois complètement épuré devient compatible avec le gaz naturel. Il devient du biométhane et peut être injecté dans le réseaux gaz naturel.

 Le digestat

Le digestat est un élément liquide qui entre dans la catégorie des fertilisants. Les fertilisants [16] comprennent deux sous catégories : les engrais [17] et les amendements [18].

Le digestat est directement épendable, mais il vaut mieux lui faire subir quelques étapes de transformation. En épandage liquide, il se comporte comme un lisier mais avec une granulométrie plus fine et homogène.

Le digestat est à la fois un amendement (nourriture du sol), et un engrais (nourriture des plantes). Il permet la réduction de l’introduction d’azote synthétique sous forme ammoniacal ou autres formes. Une publication du CNRS donne plus de précisions sur les places relatives des fertilisants organiques -Figure 12-. [19]. On appelle ces produits d’épandage les Mafor (Matières Fertilisantes d’Origine Résiduaire). Les digestats et leurs transformations en font partie, comme les boues de station d’épuration, les composts...

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Figure 12 : Positionnement des MaFOR

La -Figure 13-, nous donne les voies d’utilisation des digestats. Il faut se rappeler que l’objectif du digestat est de nourrir le sol. Mais sa forme liquide peut entraîner les inconvénients classiques des épandages de lisiers. En effet, les digestats très liquides contiennent de l’ammoniac. Cet ammoniac volatile doit être enfouis lors de l’épandage. L’idéal serait de faire une séparation de phase pour obtenir un liquide (engrais) riche en ammoniaque et en potasse, et un compostage de la partie solide pour obtenir un compost (amendement) riche en matière organique et en phosphore. Ces post-traitements ont un coût .

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Figure 13 : Traitement du digestat source ADEME

L’ADEME indique que le volume d’épandage est plus important lorsque l’on pratique la méthanisation. Il semblerait que les mêmes problèmes que l’épandage des lisiers se posent avec l’épandage de la partie liquide du digestat.

Il est bon de rappeler également que le digestat est un déchet, et qu’à ce titre il est soumis à l’approbation d’un plan d’épandage. La partie solide transformée en compost devient un produit, si elle répond à la normalisation des composts. A ce moment là, il n’y a plus besoin de plan d‘épandage.

Dans tous les cas, la création d’une unité de méthanisation implique la présence de champs d’épandage. L’ADEME définit la qualité des digestats [20].

  Les ordres de grandeur

Comme toujours, l’ordre de grandeur permet de se faire une idée un peu plus réaliste. En Agriculture, une installation de méthanisation sera centrée autour d’élevages. Les fumiers et lisiers constitueront les principaux intrants, on pourra y ajouter les déchets carnés, si la ferme possède un abattoir de volaille, puis quelques sources végétales, dans le cas de travail de transformation des récoltes. Dans ses publications l’ADEME fournit quelques ordres de grandeur. Le développement permettra d’abaisser les coûts.

L’ADEME a publié un état des lieux européen. [21] Le cas de l’Allemagne pourrait être intéressant à étudier. La production de biogaz avait pour objectif l’énergie, et le monde de la finance y semble très présent. Toutefois, la dérive des productions agricoles avec pour objectif premier de faire de l’énergie semble ne plus être favorisée.

Le potentiel des bio-déchets disponible en vue de la méthanisation est assez difficile à déterminer [22]. La méthanisation arrive sur un marché déjà occupé avec plus ou moins de bonheur par d’autres techniques. L’incinération des ordures ménagères est très pratiquée mais très critiquable, le compostage plus simple à mettre en œuvre est de plus complémentaire. L’ADEME dans diverses publications donne :

  • Agriculture et sylviculture (Lisier, fumiers, céréales) entre 200 Mt et 324 Mt
  • Biodéchets des ménages 15,2 Mt
  • Biodéchets activités économiques 2,2 Mt
  • Biodéchets gros producteurs 4,7 Mt

Nous voyons immédiatement que l’agriculture et la sylviculture tiennent le haut du pavé -Figure 14-. Mais, il convient d’indiquer que dans ces déchets, on compte par exemple l’élevage en prairie qui représente 50 % des déjections, ou les cimes et les souches

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Figure 14 : Gisement source ADEME

broyées qui restent sur la coupe forestière. Une autre partie des lisiers et fumiers fait déjà l’objet d’épandage. L’ADEME propose deux scénarios [23] . Le premier mobilise 56Mt/an, le second 132Mt/an.

La -Figure 15- nous montre l’ordre de grandeur des divers rendements du processus de transformation par méthanisation.

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Figure 15 : Rendement global d’une installation liquide mésophile source ADEME

En ce qui concerne les flux, et l’investissement, l’ordre de grandeur pour une ferme serait le suivant si nous suivons l’ADEME -Figure 16-.

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Figure 16 : Flux et investissement source ADEME

Sur les exemples donnés par l’ADEME, ou ailleurs nous trouvons :

  • Un élevage laitier Bio polyculture 160 vaches 250 MW de puissance électrique
  • Un élevage polyculture 500 vaches à viandes limousines injection 10 100KWh gaz
  • Abbaye Pierre Qui Vire production bio fromages vaches et caprins 240MWh plus chauffage au gaz, et fatal [24]
  • Un groupement d’élevages et de conditionnements porcins TEPos du Mené [25]
  • Une société de conditionnement de fruits 100 MW
  • TIPER (Parc des Technologies Innovantes pour la Production d’Energies Renouvelables comprenant un ensemble de méthanisation agriculture et agroalimentaire [26]
  • Recyclage projet Méthavalor Sydeme Moselle Est 385 000 habitants [27]

Le projet Méthavalor concerne 14 intercommunalités de Moselle Est (Sarreguemines, Forbach et St-Avolt). Le projet consiste à recycler et valoriser les déchets de 385 000 habitants, et autres producteurs de biodéchets de l’alimentation. Il s’agit d’un concept global de traitement des déchets, avec récupération et recyclage de tout ce qui peut se faire, sans incinérateur, mais avec un système d’enfouissement pour les déchets ultimes. Il traite plus de 42 000 tonnes de déchets par an.

Le système intègre un tri en 3 parties en amont chez les ménages et les entreprises :

  • Bio déchets en vue de la méthanisation ou (et) de compostage.
  • Déchets recyclables
  • Déchets résiduels en vue de stockage. En ce qui concerne la rentabilité d’un projet à la ferme, L’ADEME prévient :

Dans les conditions actuelles, la vente d’électricité seule n’est pas suffisante pour rentabiliser un projet : il faut compter sur la valorisation de la chaleur et/ou le traitement de déchets extérieurs.

Des subventions à l’investissement peuvent provenir de l’ADEME, des collectivités territoriales (Région, Département), et de l’Europe. Elles sont conditionnées à la qualité du projet.

L’ADEME a édité en 2014 une plaquette d’information destinée à toutes les structures qui fait le bilan des aides disponibles pour la transition [28]

La -Figure 17- l’ordre de grandeur des aides possibles pour une installation de 170KWe.

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Figure 17 : Les aides dans le prix de vente

 Conclusion

Nous ne pouvons qu’appuyer la méthanisation lorsqu’il s’agit de projets locaux, insérés dans la gestion et la valorisation des déchets organiques. Cette technique industrielle est à son début, des abus ont été constatés, à l’image de ce qui s’est passé en Allemagne.

Le risque de dévoiement en GPI2 (grand Projet Inutile et Imposé) n’est en aucun cas négligeable, en particulier dans le cas de vieilles féodalités.

L’aide au développement public est nécessaire, et souhaitable, à condition qu’elle soit justifiée. Reste le délicat problème de l’épandage, et des risques inhérents.


[3Consulter cet article très intéressant : 483

[4Pour produire 1 kg d’azote fertilisant il faut 3 litres de pétrole

[5Grippe aviaire arrivée de Chine, grippe porcine du Mexique...


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