Danone : pots de yaourts à base de maïs. Progrès écologique ou tromperie ?

jeudi 15 septembre 2011
par  Yan lou Pec
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Hier soir, l’émission « Alles wissen » (Tout savoir) sur la chaîne allemande HR présentait une grande « innovation » menée par Danone. Il était question de pots de yaourts, non plus fabriqués à partir de pétrole, mais de maïs. Quel progrès ! (Cliquez ici pour voir l’émission )

Autant les responsables de Danone Allemagne n’avaient que des louanges pour leurs nouveaux produits, autant les responsables de l’association Deutsche Umwelthilfe (DUH) était très critiques. La DUH, après avoir prévenu Danone de retirer de ses emballages le terme « umweltfreundlicher » - que l’on pourrait traduire par « plus écologique » - a porté plainte pour « tromperie du consommateur » devant le tribunal de grande instance de Munich.

Danone rappelle que ces nouveaux pots ont pourtant été développés en partenariat avec le WWF et le Panda décore d’ailleurs les emballages en question.

Pot de yaourt fabriqué à base de maïs

Pour en savoir plus, nous avons consulté le site de Danone. Voici ce que nous y avons trouvé à propos de ces nouveaux pots de yaourt en PLA.

« Les emballages en PLA (acide polylactique) sont fabriqués avec des matières premières végétales et donc renouvelables, et non à partir de matériaux issus du pétrole comme c’était le cas jusqu’ici. Le PLA est issu de l’énergie solaire, du CO2 et de l’eau. Grâce au soleil, la plante prélève par photosynthèse le carbone de l’atmosphère pour le stocker sous forme d’amidon. Le PLA est donc fabriqué à partir de CO2, le gaz actuellement à l’origine de l’effet de serre.
 »

Et voici un beau schéma qui explique tout (cliquez dessus pour l’agrandir) :

Schéma : La fabrication du PLA à partir du maïs

Nous vivons dans les Landes, dans le premier département maïsicole de France et on peut vous assurer que, vu d’ici, Danone se paye notre tête ! Essayez de faire pousser du maïs, juste avec de l’énergie solaire et du CO2, vous verrez !

Dans son beau schéma, Danone oublie tout simplement les machines agricoles, les engrais et les pesticides synthétisés à partir du pétrole, les systèmes de pompage pour l’irrigation, les silos de séchage du maïs et les coûts énergétiques de la transformation de l’amidon en sucre !!

D’autre part, il n’y a pas que le CO2 comme gaz à effet de serre. La décomposition des engrais dans le sol provoque la formation d’un gaz à effet de serre particulièrement agressif pour les climats : le protoxyde d’azote. Il reste 120 ans dans l’atmosphère et son potentiel « effet de serre » est 275 celui du CO2 ! Souvent, l’effet de ce gaz sur les écobilans des plantes est …minimisé ou ignoré.

Donc pour faire du maïs, il faut certes de l’eau (et même beaucoup !), du CO2, du soleil, mais aussi et surtout beaucoup de pétrole !

Danone ne fait qu’utiliser cette ficelle grossière, utilisée depuis longtemps par les partisans des agrocarburants : les plantes renouvelables n’ont besoin que de soleil et de CO2…

Suite de la présentation de Danone : « L’amidon végétal est transformé en sucre. Ce sucre végétal (dextrose) représente la matière première pour la fabrication du nouveau type de plastique. Une bioraffinerie de haute technologie transforme le carbone contenu dans le sucre en polymère synthétique par fermentation, séparation et polymérisation.

Le PLA peut être fabriqué à partir de toute plante contenant de l’amidon comme le maïs, les betteraves à sucre ou le tapioca. Nous collaborons avec la plus grande usine de PLA du monde qui se trouve aux USA. En effet, ce n’est que par ce biais que le nouveau matériau est concurrentiel par rapport aux plastiques conventionnels. Ce site de production utilise actuellement le maïs fourrager comme source de sucre, mais d’autres matières premières sont également prévues pour une utilisation future comme par ex. des produits secondaires de l’industrie agricole. »

Là encore, ce paragraphe soulève plusieurs problèmes. Pour être rentable, il faut une énorme usine – « la plus grande du monde ». Il faut donc rajouter aux coûts énergétiques, ceux du transport pour amener le maïs vers la « bioraffinerie ».

Deuxièmement, ce produit peut être fait avec toute plante contenant de l’amidon ; donc on pourra utiliser la panoplie des plantes déjà utilisées pour les agrocarburants à base d’éthanol, avec les conséquences que l’on connaît déjà… Le tapioca est fait à partir de manioc, nourriture de base de nombreuses populations pauvres dans le monde.

Enfin, les produits secondaires de l’industrie agricole – on remarquera qu’on parle bien d’industrie ! – sont souvent utiles dans d’autres secteurs.

Avis d'Anne Laure Wittmann

Suite et fin de la page : « Actuellement, les nouveaux pots d’Activia sont encore jetés avec les ordures ménagères : en effet, une séparation et un recyclage du PLA sont encore impossibles car le volume de ce matériau sur le marché n’a pas encore atteint une importance justifiant ces pratiques. Avec le pot de yaourt Activia en PLA, Danone souhaite ouvrir la voie et inciter d’autres entreprises à utiliser le PLA afin d’atteindre rapidement le volume nécessaire. »

Dans le reportage allemand, la responsable de Danone parlait de 20 000 tonnes pour que le recyclage soit rentable. Là aussi, combien d’usines seront réparties sur le territoire allemand pour limiter les nuisances ainsi que les coûts énergétiques et financiers, occasionnés par les transports. [1]

Si l’on continue sur le site présentant les avantages de ce pot de yaourt en PLA, on tombe sur la rubrique « PLA et protection des climats » .

Extraits : « Alors que les plastiques conventionnels sont fabriqués à partir du pétrole, la matière première du PLA – dans notre cas le maïs – est renouvelable. Les rejets de CO2 issus du pot de yaourt Activia sont par conséquent réduits de 25 pourcent par rapport au pot habituel en polystyrol. Ce résultat a été obtenu par l’ifeu (Institut für Energie- und Umweltforschung Heidelberg, Institut de recherches énergétiques et environnementales à Heidelberg) à l’issu d’un écobilan concernant l’ensemble du cycle de vie de l’emballage, donc de la pousse du maïs jusqu’à l’évacuation ou recyclage du pot, en passant par sa fabrication (cette étude ayant été réalisée en Allemagne, l’EOL (End of Life) se réfère donc à ce pays). »

Il faut reconnaître que Danone n’a pas fait les choses à moitié : l’IFEU, institut d’Heidelberg, est un des instituts les plus renommés. Par contre, ils ne répondent qu’aux questions… qu’on leur pose.

Cet institut devait comparer un pot de yaourt en PLA et un pot de yaourt conventionnel. Il aurait été intéressant de comparer aussi le minuscule pot de yaourt « à la française » en PLA, avec les flacons de 500g ou 1 kg en verre recyclable, forme courante de vente des firmes allemandes de yaourts.

D’autre part, lorsqu’on lit les conclusions du rapport de l’IFEU, voici ce que l’on peut y trouver :

P 97 : « Die untersuchten Danone Activia Verpackungen aus PLA zeigen im ökobilanziellen Vergleich zu den Danone Activia Verpackungen aus PS Nachteile in den Wirkungskategorien :

  • Versauerung
  • Terrestrische und aquatische Eutrophierung
  • Humantoxizität : Feinstaub (PM10)
  • Naturraumbeanspruchung : Agrarfläche »

« Lorsqu’on étudie les emballages Activia de Danone, en PLA, et que l’on compare les écobilans, plusieurs désavantages par rapport aux pots d’Activia en PS (plastique conventionnel) apparaissent dans les catégories

  • acidification
  • eutrophisation terrestre et aquatique
  • toxicité humaine : fines particules (PM10)
  • accaparement d’espace naturel : surface agricole »

P.99 : « Die Umweltziele der Firma Danone sind insbesondere der Klimaschutz und der Schutz der fossilen Ressourcen. (…)Die Fokussierung auf die beiden Umweltziele entspricht jedoch nicht dem ganzheitlichen Ansatz der Ökobilanznorm. Dem Auftraggeber ist daher an dieser Stelle eine entsprechende Differenzierung bei der Kommunikation der Ergebnisse der Studie und der daraus gewonnenen Erkenntnisse empfohlen. »

« Les objectifs environnementaux de la firme Danone sont plus particulièrement la protection des climats et celle des ressources fossiles (…). Le fait de se concentrer sur ces deux objectifs ne correspond pas à l’application complète des normes d’un écobilan. Nous recommandons donc ici au commanditaire de faire la différenciation correspondante, lors de la communication des résultats de l’étude et des enseignements qui en découlent. »

Il est très clair que l’étude de l’IFEU s’est limitée aux demandes du commanditaire et laissent de côté des problèmes essentiels comme

  • l’accaparement des terres : nous connaissons actuellement ce phénomène dramatique, avec des millions d’hectares de terres agricoles qui sont confisquées à des petits paysans, partout dans le monde, pour le marché des agrocarburants.
  • le changement d’affectation des sols indirect ou CASI. Si de plus en plus de surface est utilisée ICI pour faire pousser ce maïs destiné aux emballages, nous devrons importer des matières agricoles d’AILLEURS. Des zones forestières, des savanes vont être alors détruites et transformées en terres agricoles, libérant de grandes quantité de CO2 et/ou de méthane. Le bilan global – ici ET là-bas – est alors très négatif : les légers gains en gaz à effet de serre obtenus ici sont largement dépassés par les énormes augmentations des rejets là-bas !

Un des reproches de l’association DUH est que Danone ne s’appuie que sur les points positifs, mais évite de citer les points négatifs. Lorsque le WWF est interrogé sur son soutien pour un produit qui n’apporte rien, son responsable Bernhard Bauske parle "du potentiel que ce produit pourra avoir"…

Pour terminer sur ce pot de yaourt, le maïs utilisé actuellement pour les pots de yaourts allemands provient essentiellement des Etats-Unis, pays où le laxisme pro-OGM règne. Quelles garanties a-t-on que le maïs utilisé pour les pots de yaourts ne provient pas de maïs GM ?

La production du maïs doit être certifiée par l’ISCC (Certificat International de durabilité et de carbone) un des systèmes de certification mondial couvrant tout type de production de biomasse et d’agrocarburants, où siègent des organisations de l’industrie et le WWF (L’ISCC fait partie des 7 systèmes de certification agréés par l’Union européenne pour certifier le caractère "durable" des agrocarburants ou des produits agricoles destinés au agrocarburants, qui seront utilisés en Europe. La démarche de la Commission a fait l’objet de fortes critiques).

Quant au WWF International, ce n’est pas la garantie que certains pourraient en attendre. Voici, en effet, ce que disait Jason Clay, un des vice-présidents du WWF Etats-Unis sur le site internet de la Global Harvest Initiative, une organisation de lobbyistes des entreprises de l’agrobusiness (Parmi ses membres, on trouve les géants de l’agrobusiness, Cargill, ADM, Monsanto et depuis peu, le WWF).

Jason Clay : « Nous devons geler l’empreinte écologique de l’agriculture. Pour cela, nous proposons 7 ou 8 mesures que nous devrions discuter. Premièrement : les biotechnologies. Nous devons produire plus, avec moins de moyens. Les manipulations génétiques ne doivent pas se limiter aux céréales que nous devons replanter chaque année. Nous devons les utiliser aussi avec les fruits tropicaux mais aussi avec les plantes à tubercules et les plantes à racines. Ces fruits doivent produire plus de calories à l’hectare. Nous devons décider : quels aliments sont nécessaire et où. Il faut au moins 15 ans pour qu’un procédé génétique atteigne le marché. Si on calcule à partir d’aujourd’hui, c’est en 2015. La pendule tourne, le temps presse. »

D’autre part, Danone ne s’arrête pas aux pots de yaourts « en maïs ». La bouteille de son produit Actimel est fabriquée à base de sucre provenant de canne à sucre brésilienne. Ce procédé diminuerait de 70% son empreinte carbone ! Rien que ça. Etrangement, ce sont des chiffres équivalents qu’avancent les compagnies aériennes pour leurs nouveaux « bio »-kérosène à base de jatropha, cameline et autres cultures… On croit rêver.

Ce nouveau marché qui s’ouvre pour la canne à sucre – après celui de l’éthanol comme carburant – va provoquer une énorme pression foncière en particulier au Brésil.

Nous ne doutons pas que Danone n’utilisera que de la canne à sucre « certifiée ». Mais par effet domino, l’expansion de la canne à sucre, même certifiée, repoussera d’autres activités vers les forêts, - Amazonie, Mata Atlantica - ou savane - Cerrado.

Si l’on tient compte de cet effet domino, toute augmentation de la demande en canne à sucre provoque - ne serait-ce qu’indirectement - la destruction de ces écosystèmes. Si on inclut cet effet indirect dans le bilan de l’emballage d’Actimel à base de canne à sucre, il serait étonnant qu’il soit encore positif…

Le rapport des Amis de la Terre « De la forêt à la fourchette. Ou comment les bovin, le sucre et le soja détruisent les forêts brésiliennes et le climat » décrit très clairement, chiffres et cartes à l’appui, ce phénomène domino, rarement pris en compte – et pour cause ! – dans les écobilans de ces produits censément innovants et écologiques : agrocarburants et emballages.

Conclusion

Il y a actuellement 1 milliard d’humains qui souffrent de la faim. Une bonne partie de la production agricole mondiale est captée par les pays les plus riches pour notre surconsommation de viande et de produits laitiers notamment, nos gaspillages alimentaires, mais aussi de plus en plus, pour notre surconsommation d’énergie avec les agrocarburants.

Le remplacement de plastiques d’origine fossiles par des plastiques d’origine végétale va encore confisquer des millions d’hectares aux dépens des plus pauvres de la planète. Même si ces plastiques "bio" réduisaient réellement les missions de gaz à effet de serre et notre dépendance au pétrole, serait-il acceptable de faire crever de faim quelques millions d’humains de plus, pour faire nos petits pots de yaourts ?

L’agriculture mondiale doit d’abord NOURRIR tous les humains.


[1Avis d’un spécialiste plasturgiste :

"Tout d’abord, un pot de yaourt n’est pas recyclable. La raison en est très simple. La masse de l’objet est beaucoup trop faible, et le travail de collecte, de nettoyage, de recyclage coûte trop cher. Le coût du kg de matière légèrement, ou fortement dégradée (dans le cas du PLA), est prohibitif par rapport à une matière vierge. Ceci est valable pour tous les pots de ce type quelles que soit les matières (polystyrène, polypropylène, etc...). Donc, ce qui ne se fait pas actuellement avec des matières connues, ne se fera pas avec du PLA.

Le PLA seul, n’est en général pas moulé, il est trop fragile. Il s’agit en général d’une combinaison de plusieurs polymères polyesters biodégradables, pas forcément tous bio-sourcés. Certains sont issus du pétrole. En conséquence, le recyclage de ces matières devient quasi impossible à cause des mélanges variables.

Le PLA est une matière précurseur, mais dont la durée de vie sera faible. En effet, sa fabrication se fait par modification de l’amidon de céréales ou de pommes de terre par des champignons en fermenteur. Cette technique, trop peu évolutive, ne permet d’obtenir que du PLA, elle semble ne pas avoir d’avenir. Il faut environ 3 kg de céréales pour obtenir 1 kg de matière. On lui préfèrera, des évolutions par des voies bactériennes en fermenteur (PHx), même modifiées OGM. Ce sont les mêmes technologies déjà utilisées pour la production de l’insuline, certains vaccins... L’avantage vient du fait que l’on peu s’affranchir de l’amidon concentré des céréales ou de la fécule de pommes de terre. Ces technologies sont actuellement trop chères.

Le PLA fait parti des agro-polymères de première génération, leur utilité réside surtout dans l’utilisation par les industriels pour tester les évolutions des matériels, des processus. Le marché n’est pas là, si ce n’est comme argument commercial. Le prix des produits est de 2 à 5 fois plus cher. Les matières bio-sourcées, n’ont d’avenir que dans le cas d’une destruction par compostage (recyclage du champ au champ). Or elles finissent à l’incinérateur, et même si elles passaient dans un système de compostage, leur épaisseur doit être faible et ce ne serait qu’en compostage gros volume du type déchetterie. En effet, pour que les bactéries les transforment, il faut une température, une humidité et un milieu gazeux précis. Nous ne reviendrons pas sur le problème des terres dédiées, ni des techniques culturales et leur impact sur la pétrochimie ou la pollution (intrants, énergie, pesticides...), ce sont d’autres problèmes. Lors de leur sortie, les producteurs de matières précisaient bien que l’on attendait avec impatience les systèmes de deuxième génération, qui devaient s’affranchir des céréales ou de la fécule, mais utiliser le reste de la plante. Echec, on nous promet maintenant la troisième génération.

En conséquence, tous ces produits, (gobelets jetables, pots, et barquettes alimentaires, poches d’emballages...) qu’ils soient biodégradables ou pas, bio-sourcés ou pas, n’ont qu’un intérêt marketing, ou de préfiguration d’évaluation d’une éventuelle technologie pour les industriels. Ils ne présentent, actuellement, aucun intérêt pour le consommateur, ou la société en général. Et je suis quelquefois triste de voir dans des réunions, ce genre de produits, en particulier chez des associations environnementalistes."


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