Nucléaire : une affaire de très gros $ou$ !

samedi 3 septembre 2011
par  Yan lou Pec
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 Banques françaises : premières banques du nucléaire dans le monde !

Voici des extraits d’un rapport de juillet 2010 des Amis de la Terre et d’une coalition d’associations Bank Trak. Les banques françaises sont des acteurs de tout premiers rang dans le nucléaire mondial : sur les 124 banques mondiales les plus importantes, la BNP est le premier investisseur mondial, le Crédit Agricole et la Société Générale arrivent aux 3e et 4e rang ! On notera que l’agence de crédit aux exportations, la COFACE est aussi de la partie. La COFACE garantit à Bouygues et AREVA que, même si les pays commanditaires ne paient pas les chantiers, les contribuables français paieront à leurs places…

Profil de BNP Paribas

Avec des investissements dans le nucléaire de 13,5 milliards d’euros, BNP Paribas est la banque n°1 du nucléaire dans le monde. Plus du tiers de cette somme (5 milliards d’euros) a été octroyé à EDF – le plus grand opérateur nucléaire au monde, détenu à 87 % par l’Etat français. BNP Paribas est le troisième principal financeur d’EDF après le Crédit Agricole (6,7 milliards d’euros) et la Société Générale (6 milliards d’euros).

Les autres clients majeurs de BNP Paribas sont AREVA, l’entreprise allemande E.ON (dont le portefeuille énergétique est à 25 % nucléaire), la compagnie belge Electrabel et la compagnie japonaise TEPCO. BNP Paribas est la seule banque occidentale ayant fourni un prêt au projet extrêmement controversé de Belene, en Bulgarie. BNP Paribas est également considérée comme une cible potentielle pour de nouveaux financements de projets nucléaires au Brésil et en Inde.

Profil de la Société Générale

La Société Générale est impliquée à hauteur de près de 10 milliards d’euros dans l’industrie nucléaire, et arrive quatrième dans le classement international des banques « radioactives ». Ses principaux clients sont les géants français du secteur, EDF et AREVA, mais aussi des étrangers comme l’allemand E.ON ou le japonais TEPCO.

La Société Générale a été impliquée dans le financement des réacteurs 3 & 4 de la centrale nucléaire de Mochovce en Slovaquie.

Profil de Crédit Agricole

Le Crédit Agricole se classe cinquième banque internationale la plus impliquée dans le secteur nucléaire, avec plus de 9 milliards d’euros d’engagements dans le secteur. Il est très impliqué dans la filière française et constitue ainsi le premier financeur d’EDF, avec 6,7 milliards d’euros sur la période 2000 - 2009.
Il finance également d’autres géants tels que AREVA, E.ON ou RWE, et a été lui aussi impliqué dans le financement des réacteurs 3 & 4 de la centrale nucléaire de Mochovce en Slovaquie.

Belene : roulette russe en Bulgarie

Les projets pour construire deux réacteurs nucléaires proches de la ville de Belene dans le nord de la Bulgarie ont été élaborés dans les années 80. Dès 1983, les scientifiques soviéti-ques préviennent pourtant de l’inadaptation de ce site à une centrale nucléaire pour cause de risques sismiques élevés. Le dernier tremblement de terre important dans la région a tué plus de 120 personnes en 1977 et causé la destruction de nombreux bâtiments, à seulement 14 kilomètres du site de Belene. Le projet fut donc abandonné après la chute du régime communiste.

Plus d’une décennie plus tard, le projet a pourtant été relancé et, en 2006, le gouvernement bulgare a accordé le contrat de construction à Atomstroyexport. Le type de réacteur envisagé est un réacteur russe de type AES-92, pour lequel n’existe ni évaluation de sécurité indépendante, ni expérience opérationnelle.
De nombreuses villes autour de Belene se sont opposées au projet. Leurs préoccupations sont soutenues par un des experts nucléaires bulgares les plus reconnus : le Dr. Georgui Kastchiev, qui a été à la tête de l’Autorité de Sûreté Nucléaire bulgare de 1997 à 2001.

D’après le Dr. Kastchiev : « Les problèmes de sûreté auxquels Belene doit faire face sont immenses et concernent des difficultés sur le réacteur lui-même, un manque de personnel qualifié pour la construction, une culture de sécurité de l’en-treprise Atomstroyexport et du gouvernement bulgare inadéquate, et l’absence de toute stratégie pour gérer le combustible usé et les déchets radioactifs. Tout ceci doit logiquement nous mener à la conclusion suivante : ce projet ne doit pas continuer. »

En 2006, la campagne contre le projet Belene a pris une tournure internationale quand des banques allemandes, fran-çaises et italiennes ont envisagé de financer la construction des réacteurs. Des dizaines de milliers de mails, des actions devant des agences bancaires à travers l’Europe et des lettres de protestation de clients révoltés ont conduit plus d’une douzaine de banques – parmi lesquelles Deutsche Bank, Uni-Credit et Commerzbank – à refuser de financer le projet.

Les banques françaises dont la BNP ont fini par abandonner ce projet, après des années de lutte et de pressions des Amis de la Terre d’Europe et de leurs alliés.

Angra 3 au Brésil : un réacteur obsolète en terrain fragile

L’un des projets nucléaires les plus en vue cherchant actuellement des financements est celui d’Angra 3, sur la côte de l’Etat de Rio de Janeiro, au Brésil. Angra 3 est un réacteur de 1 350 MW, basé sur un modèle de réacteur dépassé des années 70. Des rapports montrent qu’Angra n’est ni nécessaire ni rentable. Des études sérieuses de 2009 concluent que recourir aux énergies renouvelables au Brésil générerait plus vite une électricité moins chère.

L’idée de construire Angra 3 avait été abandonnée dans les années 80. Elle est aujourd’hui exhumée, non pour répondre à des besoins énergétiques ou économiques, mais du fait d’intérêts géopolitiques stratégiques.

Bien que le Brésil ait signé le Traité de Non Prolifération Nucléaire en 1994, il a refusé de ratifier son Protocole Additionnel et refuse toujours un accès complet de ses installations nucléaires aux inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. On retrouve maintenant de nombreuses personnes auparavant impliquées dans le programme d’armement nucléaire brésilien (qui s’est officiellement ter-miné en 1992) massivement impliquées dans Angra 3. La liste inclut par exemple l’amiral Othon Luiz Pinheiro da Silva – le président actuel de l’opérateur d’Angra, Eletronuclear. La récente déclaration du vice-président brésilien Jose Alencar selon qui le Brésil devrait obtenir la bombe nucléaire « pour être mieux respecté dans le monde » confirme que le risque de prolifération reste prégnant.

Il importe aussi de noter que la licence de la construction d’Angra 3 viole les statuts de la Constitution brésilienne, qui spécifie bien que toute construction de réacteur nucléaire doit être approuvée par le Congrès, ce qui n’a jamais été le cas. Le fait que l’indépendance du régulateur national CNEN soit remise en cause – puisque sa filiale INB fournit le combustible nucléaire aux réacteurs d’Angra – est également préoccupant.

En outre, Angra est situé dans une région à risque sismique, où le terrain est instable. La route de secours la plus importante (BR-101) est souvent bloquée par des glissements de terrain et des éboulements, ce qui a été souligné à de nombreuses reprises par les collectivités locales proches du site, sans succès. Ce réacteur serait situé à 130 km à l’est de Rio de Janeiro et à 220 km à l’ouest de Sao Paulo, les deux villes les plus importantes du Brésil. Les conséquences d’un acci-dent majeur seraient donc dramatiques.

Un contrat pour construire ce réacteur et le mettre en route a été signé en 2008 avec AREVA NP, un consortium de l’en-treprise d’Etat française AREVA et de l’allemande Siemens. En février 2010, l’agence de crédit à l’exportation allemande Hermes a donné son accord préliminaire pour fournir une garantie de 2,5 milliards d’euros si un prêt syndiqué de ban-ques est octroyé. Angra 3 est désormais analysé par plusieurs banques françaises, parmi lesquelles BNP Paribas et Société Générale. Il est probable que d’autres banques européennes seront invitées à participer à un prêt syndiqué.

Mochovce 3 & 4 en Slovaquie : un désastre a venir

Les réacteurs 3 et 4 envisagés à la centrale nucléaire de Mochovce, en Slovaquie, sont de style russe des années 70. La construction des deux réacteurs VVER 440/213 a commencé en 1986, avant d’être suspendue en 1992. Le projet a été remis à l’ordre du jour en avril 2006, quand la compagnie ita-lienne ENEL a pris le contrôle de Slovenske Elektrarne (SE), l’entreprise énergétique nationale slovaque. ENEL a aussitôt fait de la construction des réacteurs 3 et 4 de Mochovce l’axe central de son portefeuille d’investissements, avec plus de 85 % de ces investissements des six prochaines années pour ce projet.

Mochovce est un désastre à venir car il est loin des normes actuelles et des meilleures technologies disponibles. SE a récemment fait des propositions d’améliorations du projet, mais certaines clauses de sécurité ne peuvent plus être ap-pliquées car une bonne partie du travail de génie civil a déjà été effectuée. Un des défauts les plus criants de ce projet est l’absence d’enceinte de confinement. Cet élément de sécurité élémentaire de tout réacteur nucléaire moderne est destiné à empêcher la fuite d’éléments radioactifs et à protéger contre des événements extérieurs comme la chute d’un avion.

Il existe en outre de nombreux doutes quant à la légalité de l’étude d’impact environnementale de 2009 (EIE) puisqu’elle a été réalisée bien après que les autorisations et autres licences aient été accordées. Il ne s’agit d’ailleurs pas vraiment d’une étude indépendante car DECOM – l’entreprise chargée par le ministère de l’environnement slovaque de vérifier l’EIE – est détenue entièrement par VUJE, le constructeur du projet.

En octobre 2007, SE a contracté un prêt d’entreprise de 800 millions d’euros qu’elle comptait utiliser pour la construction des réacteurs 3 & 4 de Mochovce. Les huit banques ayant participé à ce prêt étaient Erste Bank (Autriche), ING (Pays-Bas), Intesa SanPaolo (Italie), KBC et Dexia (Belgique), Mizuho (Japon), Société Générale et Crédit Agricole (France). Des manifestations publiques importantes (surtout en Autriche et aux Pays-Bas) ont forcé les banques à renégocier la transaction. En avril 2008, elles ont alors spécifié que l’argent octroyé par ce prêt général ne devait pas être employé pour financer la construction de Mochovce.

Dans l’intervalle, ENEL a cependant émis des obligations en Europe et aux Etats-Unis, qui devraient malheureusement être, au moins en partie, utilisées pour financer la construction des réacteurs controversés de la centrale de Mochovce.

Jaitapur : un problème français – des réacteurs pour l’Inde

Jaitapur, dans l’Etat indien du Maharashtra, est un nouveau projet nucléaire qui ne devrait pas tarder à atterrir sur le bureau des banques européennes. Avec plus de 10 000 MW prévus, il devrait s’agir de la plus grande centrale nucléaire au monde. Dans une première phase, l’entreprise indienne NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Limited) cherche des financements pour construire deux EPR à Jaitapur. Cela soulève de sérieuses inquiétudes en matière de sûreté car Jaitapur se situe dans la seule partie des côtes indiennes classée « zone à risque important » de tremblements de terre. Trois failles tectoniques traversent le secteur, et plusieurs séismes ont été enregistrés dans les vingt dernières années. Le plus puissant, en 1999, a atteint la magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter.

La construction en cours des EPR d’Olkiluoto en Finlande et de Flamanville en France a révélé de nombreux problèmes techniques de conception remettant en cause la sûreté de ce réacteur. Des inspections ont également constaté sur les deux sites de graves défauts dans la qualité des composants ainsi que dans les soudures et le gros œuvre. A Olkiluoto par exemple, la STUK (l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise) a identifié plus de 3 000 défauts de sécurité et de qualité. Cela vient en grande partie de ce que, pour réduire ses coûts, l’entreprise a préféré embaucher des sous-traitants bon marché mais peu qualifiés, quitte à négliger la sûreté. En France, les inspections signalent systématiquement que les problèmes viennent d’une « précipitation en dehors de tout processus de qualité ». Ces difficultés pourraient bien s’exacerber en Inde, où le coût des deux premiers réacteurs de Jaitapur est officiellement estimé à 32 000 crores (5,4 milliards d’euros) – soit moins de la moitié du coût de ces mêmes réacteurs aujourd’hui en Europe.

Le projet a déjà provoqué des conflits sociaux massifs. Le site proposé pour les réacteurs nucléaires de Jaitapur est un espace naturel de qualité bien préservé qui fournit la subsistance nécessaire à des producteurs de mangues et des pêcheurs locaux. Entre décembre 2009 et janvier 2010, NPCIL a officiellement saisi 938 hectares de terrain aux villageois. La compensation offerte de 3 roupies (5 centimes) par mètre carré était si basse qu’elle a été unanimement rejetée par les habitants. Les manifestations ont été sévèrement réprimées par la police, avec des centaines de personnes frappées et arrêtées.

Parmi les autres problèmes liés à ce projet figurent le manque de transparence et de consultation de la société civile, ainsi que des controverses sur une législation qui exempterait les entreprises étrangères de toute responsabilité en cas d’accidents et de contamination.

Depuis l’annonce du projet en 2009, les autorités indiennes ont déclaré que HSBC et quatre banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis) fourniraient 3 à 4 milliards d’euros en prêts. Elles ont également déclaré que la Coface, l’agence de crédit à l’exportation française, fournirait la garantie nécessaire pour ces prêts.

 Jaïtapur : déjà un mort

Jaitapur bout de colère contre le projet d’EPR d’Areva

Des manifestations sanglantes ont eu lieu lundi et mardi dans la ville portuaire de l’ouest de l’Inde.

" New Delhi (Inde), de notre correspondant, Pierre Prakash, Libération",

Un mort, plusieurs dizaines de blessés, des bus incendiés et des bâtiments publics vandalisés : les manifestations contre la construction d’une gigantesque centrale nucléaire par Areva à Jaitapur, au sud de Bombay, ont pris ces derniers jours une tournure violente. Un homme a été tué par des tirs de police, et plusieurs autres blessés par balles, lundi, lorsque des centaines de manifestants réclamant l’annulation du projet ont attaqué un commissariat. Mardi, c’est un hôpital qui a fait les frais de la grogne populaire, tandis que des manifestants blo-quaient une autoroute en brûlant des pneus sur la chaussée.

Faille. Cela fait des mois que les habitants de cette région s’opposent à l’implantation de ce qui devrait devenir la plus grande centrale nucléaire au monde, d’une capacité de 9 900 MW. Ils s’étaient mobilisés en décembre lors de la visite en Inde de Nicolas Sarkozy, au cours de laquelle l’accord cadre entre Areva et l’entreprise publique NPCIL avait été signé pour la construction des deux premiers réacteurs EPR du site qui, à terme, devrait en compter six. A l’époque, la contestation portait avant tout sur la question de l’acquisition des terrains, les villageois des environs refusant de céder leurs terres. Depuis l’accident de Fukushima, la polémique se focalise sur la situation géographique du site : sur une faille sismique, et proche du littoral… Alors que les écologistes réclament l’annulation pure et simple du projet, le gouvernement a officiellement exclu une telle hypothèse la semaine dernière, et accuse « des forces hostiles à la croissance économique de l’Inde » d’être à l’origine des troubles.

Récupération. Sans aller jusque-là, ceux-ci sont effectivement le fruit d’une récupération par l’opposition parlementaire du Maharashtra - l’Etat où se situe Jaitapur - qui a trouvé là un moyen de régler de vieux comptes politiques. La colère de la population reste pour autant bien réelle, et la fu-ture centrale soulève des questions cruciales dans ce pays qui mise sur le nucléaire pour soutenir sa folle croissance écono-mique. D’autant qu’elle est la pièce maîtresse du projet d’a-grandissement de son parc nucléaire, dont la capacité, de 4 780 MW aujourd’hui, doit passer à 63 000 MW en 2032. Le bruit court cependant qu’elle pourrait prendre du retard…

Pour avoir une vision complète du rôle énorme des banques françaises dans le nucléaire mondiale, voici le rapport complet de Banktrack :


Documents joints

Nuclear bank : No, thanks !
Nuclear bank : No, thanks !
Rapport sur le rôle du secteur financier dans le nucléaire

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